Une menace de disparition doit peser sur le chardonneret, si l’on en juge par le nombre de passereaux mis en vente au marché d’Aïn El-Hammam, à cinquante kilomètres au Sud-est de Tizi-Ouzou.
Ne se reproduisant pas en cage, les passereaux sont voués à une mort certaine quelque soit le temps qu’ils auront vécu dans leur prison. Avec ces centaines d’oiseaux qui ne se reproduiront plus, c’est toute l’espèce qui se trouve, aujourd’hui, menacée. Les quelques sujets encore en liberté sont harcelés de toutes parts par les braconniers sans scrupules, avides de gain facile. Ces volatiles, jadis si nombreux sur nos collines où ils se nourrissent de graines de chardons, deviennent de plus en plus rares. Les nuées d’oiseaux au chant mélodieux ne hantent plus nos jardins potagers à la recherche de leur subsistance.
On les trouve plutôt dans des cages au niveau des marchés où les chasseurs les vendent au prix fort. Les vendeurs viennent de partout et s’installent à l’entrée du marché. Nul besoin de crier pour ameuter les clients. Ils entourent, d’eux-mêmes, ce commerçant qui se fend en des explications concernant l’élevage de son produit. Vers onze heures, il lui restait encore une centaine d’oiseaux à vendre. Il a dû en céder un grand nombre avant notre arrivée, si l’on juge par le nombre de cages vides, remisées derrière lui. Quant aux prix de vente, ils diffèrent selon l’origine des chardonnerets. Les «marocains» valent 1 600 dinars alors que les «locaux» sont cédés à 3 200 dinars, soit le double. «C’est la qualité de leur chant qui justifie cette différence», selon les spécialistes qui trouvent que «les oiseaux d’Aïn El-Hammam sont très demandés».
Même s’il fait partie des nombreuses espèces protégées, la réalité du terrain semble être tout autre. Aujourd’hui, le chardonneret est en train de faire les frais de ses nombreux adeptes, séduits par son plumage coloré et la beauté de son chant. Ce passereau, petit et bariolé risque tout simplement de disparaître si rien n’est fait pour que la chasse intensive, dont il est victime, cesse. Les oiseleurs, quant à eux, continuent de se sucrer en engrangeant des centaines de milliers de dinars, participant sans le savoir à la disparition du chardonneret que personne ne semble défendre.
A. O. T.

