Hier, l’Algérie a célébré le 63e anniversaire du déclenchement de la guerre de libération. Aujourd’hui, il ne reste que quelques anciens maquisards, témoins vivants des affres du colonialisme, mais aussi du dur et laborieux combat de sept ans et demi, au moins, pour le recouvrement de la souveraineté nationale. Parmi ces témoins de l’histoire, figurent El Hadj Abdelkader Kasri, 80 ans, connu sous le nom de guerre «Abdelkader Nethbellout». Nous l’avons rencontré et avons eu un brin de causette avec lui au sujet de déclenchement de la guerre de libération dans sa région, Aokas en l’occurrence. C’est à l’âge de 17 ans qu’il avait eu vent de la guerre, soulignera-t-il. C’était au marché hebdomadaire de la commune qu’il entendra, vers le début de l’année 1954, une sorte de vagabond ou de vaticinateur prédire, sous forme d’un poème, le déclenchement de la guerre et l’indépendance du pays. Au début, il n’avait pas décrypté le message. C’était grâce aux explications d’un voisin de l’époque qu’il avait compris le «baragouin» du vagabond. Décembre 1955, les premiers moudjahidine avaient fait leur apparition dans la région, dira-t-il. Ils ont été vus à Ferdjoune, dans la commune actuelle de Souk El Tenine, avant qu’ils n’atterrissent à Tiboualamine, dans l’actuelle commune de Tizi N’Berber. «C’était une section de 33 éléments parmi lesquels se trouvait un certain Amar Latrèche, en qualité de secrétaire, que j’ai eu l’occasion de connaître par la suite», soulignera notre interlocuteur. C’est d’ailleurs lui qui l’informera, après l’indépendance, qu’ils étaient porteurs, lors de leur passage dans la région d’Aokas, d’un message du Colonel Zighout Youcef au colonel Krim Belkacem. Un message dans lequel il l’informait de l’action entreprise à Skikda le 20 août de la même année. Il ajoutera qu’il y avait aussi dans le message le mot de passe à utiliser entre les deux wilayas historiques, pour éviter à leurs éléments d’être taxés de «Messalistes». Le mot de passe était «Yugurtha à Massinissa». Les moudjahidine avaient dîné à la mosquée de Tiboualamine dans le but de faire le prêche pour la bonne cause lors de la prière du Maghreb. Mais l’information de leur présence dans la région est parvenue à l’état major de l’armée, qui y a dépêché tout un bataillon. Celui-ci y a effectué un ratissage au cours duquel sept militaires français avaient perdu la vie, alors que la section des 33 moudjahidine n’a perdu qu’un seul membre, les autres ayant pu s’enfuir et arriver à l’état-major de Krim Belkacem sains et saufs. Le moudjahid tombé s’appelait Bellaouer Messaoud, natif de Chekfa, dans la wilaya de Jijel. Ce fut, d’ailleurs, le premier martyr à tomber au champ d’honneur dans toute la région d’Aokas. Cette embuscade fut aussi la première dans toute la commune mixte d’Oued Marsa, dont le chef-lieu est Aokas. Quelques mois plus tard, c’est-à-dire au début de l’année1956, un commissaire politique est venu à Aokas, pour sensibiliser la population à la nécessité de rejoindre le maquis. Il s’agit d’un certain Si Aïssa Boundaoui, qui était, par ailleurs, membre du secrétariat du colonel Amirouche. À partir de cette date, une certaine organisation militante commençait à prendre forme. Les habitants de la région, particulièrement les jeunes, commençaient, peu à peu, à rejoindre l’ALN. Il y a eu, par la suite, une série d’attentats au marché, à proximité du 2e bureau et dans certaines placettes publiques. C’étaient les policiers, les caïds et les harkis qui étaient ciblés. «Moi, ce n’est qu’en 1957, à l’âge de 19 ans, que j’ai décidé de prendre attache avec nos frères les moudjahidine», fera savoir El Hadj Abdelkader. Il dira que c’est par l’intermédiaire d’un agent de liaison qu’il avait pu rencontrer le commissaire politique de la région, répondant au nom de Mohand Zine, natif de Béni Chebana. Celui-ci l’en dissuadera, et lui conseillera d’attendre, d’abord, l’ordre d’appel pour effectuer le service militaire français, afin de rejoindre le djebel en compagnie du maximum d’autres appelés. C’est ce que fera notre interlocuteur qui dira n’avoir informé, de son départ au maquis, qu’un ami nommé Gana Messaoud, qui le rejoindra quelques temps plus tard où il tombera, d’ailleurs, au champ d’honneur. Durant les cinq ans passés à sillonner les maquis, El Hadj Abdelkader dira avoir fait la guerre dans toute la région de l’Est de Béjaïa, à Akfadou et au niveau du poste de commandement du colonel Amirouche, à Azazga et Fréha. À l’indépendance, il continuera à servir l’armée nationale populaire en tant que militaire engagé, avant de tirer sa révérence en 1982. El Hadj Abdelkader Kasri est l’auteur d’un ouvrage titré «Mémoires d’un maquisard algérien», dans lequel il raconte ce passé tumultueux, jalonné de souffrances et empli de bruits de guerre durant laquelle la peur du gendarme était le quotidien de l’autochtone. Quelques mois auparavant, El Hadj Abdelkader, en sa qualité de président de l’association «Aokas mémoires» a publié un premier ouvrage intitulé «Histoire et faits d’armes».
A. G.
