C’est une arrivée en fanfare qu’ont effectuée les premières cigognes que nous avons remarquées à proximité du village d’Ath Yavrahim vers la fin de la semaine écoulée. Avant d’atterrir, les quelques quatre couples de ces imposants oiseaux ont longtemps tournoyé au dessus du village faisant des ronds de plus en plus réduits en caquetant bruyamment comme pour annoncer leur retour et sans aucun doute pour inspecter les lieux et découvrir les endroits propices à la construction de leurs grands nids où ils éliront domicile jusqu’à fin automne, quand leurs cigogneaux seront en mesure de voler. Ce superbe oiseau a toujours été admiré et traité avec respect et les croyances populaires l’affublent de beaucoup de qualités virtuelles, dont celle de Marabout ; il faut dire qu’il y a un peu de vérité car nous ne lui connaissons aucun comportement nuisible, bien au contraire, il réduit sensiblement les effets ravageurs car il chasse méthodiquement ; de plus, le volume assez important de son estomac lui permet d’avaler d’énormes quantités de ces parasites de l’agriculture, et ce avec la bénédiction des petits fellahs qui veillent à ne point le déranger quand il chasse ou encore au repos, dans son nid. Pour ces citoyens, détruire le nid d’une cigogne ou sa couvée est le pire des sacrilèges. La cohabitation est si parfaite, au point où cet animal évolue en territoire habité, tels les minarets des mosquées sur lesquels il jette sa préférence pour construire son nid sans que personne ne cherche à l’en empêcher. A noter qu’avec l’hirondelle, qui, elle, construit son nid à l’intérieur même des chambres, la cigogne est un oiseau sauvage qui ne craint ni ne fuit la présence humaine. Rappelons, enfin, que cet oiseau migrateur n’est pas à l’abri de la maladie de la grippe aviaire et que sa cohabitation avec les citoyens le rend encore plus redoutable que le reste des oiseaux migrateurs. Observer son état de santé est des plus aisés étant donné qu’on peut le situer et l’approcher facilement ; pour ce faire, il suffirait d’éviter les gestes brusques. A signaler, cependant, que ce grand oiseau n’accepte pas qu’on s’approche trop près de son nid ; il devient alors agressif, ce qui n’est pas sans danger, vu la longueur et la puissance de son bec.
Omar Soualah
