Empêchée avant-hier par les services de sécurité, la marche à laquelle a appelé la Coordination libre des étudiants de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira a finalement eu lieu, hier, dans le calme.
Dès 10 heures, les étudiants ont entamé leur marche à partir du principal campus de l’université de Bouira, scandant des slogans revendiquant la généralisation de l’enseignement de tamazight, la levée du caractère facultatif de celui-ci et la promotion de la langue à travers l’ensemble du territoire national. Les étudiants manifestants, rejoints par des citoyens, des lycéens, des élus et des députés, ont arpenté les principales artères de la ville, avant d’aboutir à la placette de la Maison de la culture Ali Zaamoum pour un rassemblement imposant. Les manifestants ont dénoncé «la répression policière» dont ils ont été victimes avant-hier aux portes de l’université, rappelant le cratère pacifique et apolitique de leur action : «Nous ne sommes que des étudiants qui militent pour un droit constitutionnel et légitime et nous dénonçons vigoureusement les violences qui ont secoué avant-hier notre université. La violence ne sert en rien la cause amazighe, ni aucune autre cause. Nous avons besoin de sérénité et d’apaisement pour poursuivre notre lutte légitime», dira Aziz R, membre de la coordination libre des étudiants. Après la lecture d’une déclaration, les manifestants se sont dispersés dans le calme. Des représentants des étudiants ont été reçus par le chef du cabinet du wali à qui ils ont transmis une copie de leur déclaration.
La présence d’élus, un signe d’apaisement
Le fait à souligner est que des élus APW et des députés ont pris part à cette manifestation, dont ceux du RND, à leur tête le député et coordinateur du parti, Dr. Bouha Mohammed, et le nouveau président de l’APW, M. Ahmed Boutatta. Dr Bouha nous dira : «Notre présence se veut un signe d’apaisement et un appel au calme, ce qui fait partie de notre mission d’élus du peuple. Les étudiants ont le droit de manifester et d’exprimer leurs revendications, et nous devons transmettre celles-ci aux autorités de la wilaya et du pays. La situation dans laquelle se trouve actuellement le pays exige de la sérénité, de la sagesse et un sens des responsabilités. Tamazight exige aussi de nous une implication et un travail scientifique et pédagogique, dans le cadre des efforts de l’Etat pour sa promotion et sa généralisation». Le premier vice-président FFS de l’APW de Bouira, le docteur Hamid Chachoua, qui était lui aussi aux premiers rangs de la manifestation, a également adressé un appel au calme aux étudiants : «Les étudiants sont des citoyens comme les autres, ils ont le droit de manifester et de s’exprimer librement et pacifiquement. Pour nous aussi il fallait être là pour envoyer un signe d’apaisement. Nous accompagnerons nos étudiants dans leur lutte légitime et pacifique pour la généralisation de Tamazight. Nous les appelons aussi à se démarquer de toute action violente et à ne pas répondre aux provocations et aux rumeurs». De son côté, l’ancien acteur du mouvement d’Avril 1980, ancien député de Bouira et militant historique du MCB, M. Ali Brahimi, a tenu à afficher son «total soutien» à la cause des étudiants, tout en appelant au calme et à éviter toute forme de violence : «Je suis venu tout à fait naturellement, car c’est un combat qui a toujours été le mien. Les manifestants d’aujourd’hui sont la relève et leur mobilisation est un démenti formel à ceux qui pariaient sur notre disparition et le recul de la lutte identitaire en Algérie. Le mouvement doit continuer, l’objectif est d’arracher une loi organique qui généralise et oblige l’enseignement de Tamazight. Mais ce mouvement doit continuer, tout en préservant la scolarité et les vies de nos enfants, dans un cadre pacifique et calme. J’appelle les étudiants à s’organiser et toute la société, toutes tendances confondues, à s’impliquer, pour arracher cette dernière victoire, une loi organique qui oblige tous les Algériens à reconnaitre leur identité amazighe et leur histoire, à apprendre leur langue, mais toujours dans le calme et l’apaisement évidemment».
Oussama Khitouche

