C’est avec plein d’amertume que nous observons les nuées de femmes et d’enfants éparpillés a travers les vastes étendues du lieu dit Vouhven dépendant du village d’Ath Yavrahim à la recherche de la carde sauvage, une plante consommable bouillie ou en sauce qui accompagne aussi bien le pain que le couscous. Cet état de fait nous propulse selon quelques vieux de la région, cinquante années en arrière, du temps où le plus aisé des citoyens ne pouvait se permettre un kilo de pommes de terre et cela du fait de la guerre de Libération et de l’étau exercé par l’armée coloniale sur les populations autochtones qu’elle voulait maîtriser par la famine. Ces populations ont survécu grâce à la générosité de la terre qui leur offrait une maigre pitance telle la carde « Thaghadiouth ou Iziffour ». C’est la même image que ressuaient ces groupes de femmes qui se déplacent à travers champs, courbées, à la recherche de la carde sauvage pour « approvisionner » leurs marmites, et « alimenter » un tant soit peu leurs progénitures et cela au moment où le baril de pétrole a franchi la barre de 60 dollars. Equipées de vieux couteaux avec lesquels elles déracinent et un couffin, ces malheureuses donnent la nette impression d’être insensibles à ce qui se passe autour d’elles, leur seul souci est de cueillir assez « d’herbe » pour rentrer et commencer aussitôt la cuisson. Elles viennent de la ville de M’chedallah et de sa périphérie, elles se déplacent avec lenteur en traînant les pieds. Ces femmes et enfants, l’échine courbée, reflètent, on ne peux mieux une misère qu’ils ne peuvent cacher sous leurs haillons dans un pays qui se vante d’être le premier producteur mondial de gaz naturel; un pays où l’on hésite à choisir entre deux fruits : le kiwi ou la banane comme dessert.
Omar Soualah
