Lors d’un entretien, Mme. Ghalem Leila Ilhem, DSP de Bouira, a fait état d’un manque crucial de médecins généralistes, dont plusieurs postes restent à pourvoir aussi bien dans le secteur de la santé que dans celui de l’éducation. «Pour les médecins généralistes, nous avons des postes et on a tenté de les pourvoir, pas uniquement pour le secteur de la santé mais également pour le secteur de l’éducation. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à recruter, et ce, à cause de l’absence de candidats», déplore Mme. Ghalem. Ainsi, la directrice citera plusieurs localités qui demeurent en attente de médecins généralistes. Elle affirme : «À Ahnif, par exemple, sur 5 postes, seuls deux candidats se sont présentés. Même ici, au niveau de la DSP, je n’ai pas réussi à trouver un médecin généraliste. Si cela avait été dans une structure hospitalière, j’aurais pensé que la réticence provient du fait d’assurer des gardes nocturnes, mais, ici, à la DSP, c’est un travail d’administration, et pourtant aucun candidat ne s’est présenté. Les généralistes vont peut être ailleurs, ou ils suivent peut être des formations pour devenir des spécialistes. Cependant, à travers la wilaya de Bouira, les postes ne manquent pas; seuls les candidats font défaut. À Aïn Bessem, sur les 6 postes à pourvoir, seulement 2 médecins ont répondu», regrette la DSP. Il en va de même pour le secteur de l’éducation, malgré l’attractivité des congés et des vacances scolaires qui ponctuent l’année. «Ces postes de médecins généralistes sont même boudés dans le secteur de l’éducation et ne suscitent aucun intérêt auprès des concernés. C’est vraiment un problème, pour ne pas dire un phénomène, de voir sévir cette pénurie de généralistes à Bouira. Pourtant, l’État à débloqué des postes budgétaires et on constate, actuellement, une déperdition de plus d’une vingtaine de postes, pour cette année, à cause de l’absence de candidats», se désole Mme. Ghalem, qui se souvient de son passage à Sidi Bel Abbes où «il existait une pléthore de médecins, et nous en avions même dans le cadre du pré-emploi», ajoute-t-elle.
Plus de 400 cancéreux pris en charge
Même si les généralistes font défaut, leurs confrères spécialistes semblent être suffisamment présents, selon la directrice de la Santé, qui préconise, toutefois, une organisation plus rigoureuse dans la gestion des ressources humaines. «C’est la 6ème wilaya où je travaille, dont trois wilayas universitaires, et pas des moindres, notamment Tizi-Ouzou, Sidi Bel Abbes et Sétif, qui disposent de grands CHU. Je peux vous dire que Bouira ne manque pas de médecins spécialistes. Nous avons les moyens, il suffit juste de mettre en place une organisation nécessaire. Je prends l’exemple de certains spécialistes qui font un excellent travail en oncologie. Il va falloir les encourager, car nous drainons plus de 400 malades de la wilaya. Il s’agit, là d’un chiffre digne d’un service universitaire. Concernant la chimio et la chirurgie, les cancéreux sont pris en charge à Bouira; il reste juste la radio, une thérapie pour laquelle les malades sont orientés vers Alger. Nous avons un chirurgien qui fait un excellent travail, notamment dans le cadre du traitement du cancer du sein», indique Mme. Ghalem. À propos du personnel paramédical, qui fait défaut dans certaines structures sanitaires de la wilaya, la directrice de la Santé regrette cet état de fait, en soulignant que la pénibilité de cette profession a fait qu’il y a eu un départ massif, notamment les départs en retraite anticipée. «Le métier d’infirmier, de par le monde, est un métier concerné par la pénibilité. C’est un métier pour lequel on a connu une grande hémorragie, à un certain moment dans le cadre des retraites anticipées. C’est vrai que le besoin en paramédical se fait ressentir aussi bien à Bouira que dans d’autres wilayas. Cependant, nous avons des indicateurs, permettant de nous situer. Ainsi, à Bouira, on avoisine un paramédical pour 409 habitants, alors que l’indicateur national est d’un paramédical pour 323 habitants. Nous ne sommes pas très loin de la norme nationale. Toutefois, nous disposons d’un avantage à Bouira, et pas des moindres, car nous avons notre propre institut de formation paramédical. Un atout non négligeable qui permettra, prochainement, de revoir ce quota à la hausse. Nous sommes en train de remédier à ce manque par le produit des écoles privées qui forment également. Nous sommes, d’ailleurs, autorisés et obligés de puiser dans ce réservoir. Nous déplorons le fait que nous ayons eu des structures ouvertes et pour lesquelles il n’y a pas eu de postes réservés. À l’EHS psychiatrique de Sour El-Ghozlane, il aurait fallu recruter au moins deux ans avant son ouverture, chose qui, hélas, ne s’est pas faite en temps voulu», indique Mme. Ghalem. Ceci dit, et d’après les indicateurs fournis par la DSP de Bouira, l’écart entre la réalité du terrain et les normes nationales du ministère de la Santé n’est pas aussi important qu’on pourrait le croire. Ainsi, en termes de lits, les recommandations mentionnent que la norme nationale est de 1,75 lit pour 1 000 habitants. À Bouira, actuellement, les statistiques de la DSP font état de la disponibilité de 1,08 lit pour 1 000 habitants. Un manque à gagner qui devrait être rattrapé rapidement avec les trois structures hospitalières en cours de réalisation, à savoir celle de M’Chedallah, d’Aïn Bessem et de Bordj Okhriss. Pour les établissements publics de proximité, la moyenne nationale est d’une polyclinique pour 24 118 habitants. Bouira se situe dans les normes avec une polyclinique pour 24 288 habitants. En termes de salles de soins, la wilaya dispose d’une structure pour 5 995 habitants, alors que les normes établies sont d’une salle de soins pour 6 913 habitants. Concernant la médecine, Bouira bénéficie d’un spécialiste pour 1 668 habitants, au lieu d’un spécialiste pour 1 366 habitants, comme préconisé par le ministère de la Santé. Il en va de même pour les généralistes avec un médecin pour 1 606 habitants, alors que la norme nationale se situe à 1 268 habitants pour un généraliste. Bouira dispose d’un chirurgien dentiste pour 3 673 habitants, alors que l’indice du ministère est d’un chirurgien dentiste pour 3 020 habitants. Le pharmacien, à Bouira, est également confronté à un rush avec 4 416 habitants, alors que la norme nationale est de 3 470 habitants pour un pharmacien.
H. B.
