Pour un fonds de soutien au livre amazigh

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Dans leur effort pour créer un environnement propice à l’enseignement de tamazight à travers l’amazighisation de l’environnement usuel, les APC ne doivent-elles pas procéder à des recrutements de licenciés en langue tamazight dans leurs secrétariats, afin d’un coté, transcrire selon les règles appliquées dans le système d’enseignement et d’un autre coté, permettre à tamazight de s’insérer graduellement dans la sphère administrative. Imaginons quel effet une décision intelligente de ce type peut-elle avoir sur les jeunes ! Elle va grandement secouer le mental des gens et les inciter à donner plus d’importance à la maîtrise d’une langue qui nourrit son usager ! Quel est le rôle de l’APW dans la dynamisation du mouvement associatif, dans la prise en charge de la valorisation du livre et de la culture amazigh, dans l’animation de la vie dans la région à travers des débats et des orientations ? Ces questions, comme d’autres doivent bénéficier d’un maximum d’intérêt de la part des élus et des citoyens, sans quoi, il faudra parler sans retenue d’une instrumentalisation politicienne et électoraliste de la revendication amazigh ! L’APC, n’est-elle pas l’institution de base de l’Etat ? Avec cent mille dinars (100.000,00) par municipalité, ce qui n’est pas trop demander même pour des APC pauvres, la Kabylie réservera treize millions de dinars (13.000.000,00) pour le développement du livre, une somme insuffisante certes, mais intéressante pour entamer le processus d’ appui. Un fonds de soutien au livre amazigh ne sera pas une mauvaise idée ! Pour les institutions administratives et éducatives, le cahier des charges est plus conséquent.- En effet, quelle est la somme allouée au livre amazigh dans les budgets des établissements de l’éducation dans les wilayas de Kabylie où l’enseignement de tamazight est obligatoire ? Dans le chapitre bibliothèque de ces établissements scolaires, le livre amazigh est-il pris en charge d’une manière consciente et durable, ou, fait-il figure de l’enfant abandonné ? Depuis cinquante ans, les établissements ont procédé à des acquisitions de livres en langue arabe et en langue française, ne doivent-ils pas consacrer, aujourd’hui, un peu plus d’effort pour tamazight ? Il s’agit en définitive de répartir les budgets attribués au livre dans les établissements d’enseignements sur l’ensemble des langues enseignées.Restons un instant avec les bibliothèques, et interrogeons nous : Quelle est la place du livre amazigh dans les bibliothèques universitaires, principalement à Bgayet et à Tizi-ouzou ? Que ce soit au niveau des bibliothèques centrales ou dans les bibliothèques des départements de tamazight, la situation est loin d’être satisfaisante. Du coté du secteur de la culture, la direction de la wilaya de Bgayet, sans directeur depuis des mois, se penche t-elle sur une politique d’aide au livre et à la redynamisation de la culture, ou, se contente t-elle d’une gestion bureaucratique de la nourriture intellectuelle de la cité ? Il faut dire que la situation actuelle n’est pas éblouissante, de ce fait, nous sommes en droit d’attendre un effort conséquent pour dépasser la léthargie que seul le mouvement associatif tente de faire oublier. En effet, si nous réclamons la restitution des maisons de jeunes à la culture et leur retour à leur vocation initiale, c’est pour voir notre culture se réveiller et notre pays se réconcilier avec ses traditions de savoir.A cet effet, les gestionnaires des établissements publics qui se focalisent sur tout, sauf sur cet aspect essentiel de la vie, doivent se ressaisir et se rappeler qu’ils sont là pour servir une société qui a donné le meilleur de soi pour que tamazight accède au statut de langue nationale qui lui revient de droit. Doit-on aviser que les auteurs, dans leurs efforts de l’édition personnelle de leurs œuvres, mettent la main à la poche et provoquent parfois de graves déséquilibres dans leurs budgets familiaux lorsque même, des gestionnaires reversent des reliquats au trésor public, faute de conscience et de savoir faire. De son coté, la société ne peut pas rester dans l’expectative devant une scène où se joue son propre avenir. Que ce soit le mouvement associatif ou les personnes physiques, la priorité doit s’orienter vers la maîtrise de la langue et l’effort de lecture en tamazight. Il faut faire preuve d’un patriotisme culturel, soubassement et condition, qui doit aider à réanimer tous les autres patriotismes : économiques, politiques, et autres.C’est indispensable pour construire un avenir de paix pour nos enfants.

B. T. Ecrivain en langue tamazight.

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