C’est au niveau du Centre intermédiaire des soins d’addictions (CISA), situé à la polyclinique Aboubakr Belkaid de Bouira, que la Direction de la santé a organisé, avant-hier, une rencontre avec les psychologues du secteur public pour lutter contre le jeu morbide «le défi de la baleine bleue». Devant un parterre de psychologues venus de toute la wilaya, il a été débattu toute la matinée des pratiques à mettre en œuvre pour détecter rapidement et prendre en charge les adolescents accros à ce jeu. Rencontré lors de cette journée, le docteur Djelloul Allik, psychologue, dira : «Le défi de la beline bleue est un phénomène nouveau pour nous et nous nous penchons sur une nouvelle stratégie pour savoir comment aider la population. Les victimes de ce jeu ont besoin d’aide, car fragilisées. Ce sont des élèves fragiles qui sont passifs et qui ont besoin d’aide et d’assistance. Nous avons le côté curatif certes, mais aussi le côté préventif à développer. Les cas touchés au niveau de la wilaya de Bouira ont tous été pris en charge, ici, au Centre intermédiaire des soins d’addictions (CISA). » Pendant plusieurs heures, des psychologues ont échangé leurs expériences sur ce fléau et n’ont pas caché leurs émotions en s’apercevant de l’influence de ce jeu. «Les adolescents touchés voient leurs relations sociales disparaitre peu à peu, en laissant s’installer un déséquilibre psychique. Ces victimes, auparavant narcissiques, avaient une surestimation d’eux-mêmes avant de sombrer dans l’isolement. Ils vivent tous les mêmes étapes fatidiques», expliquera une psychologue du CISA ayant en charge deux cas d’adolescents victimes de ce jeu. D’autres psychologues s’étaleront sur les scarifications représentant une baleine bleue sur leurs avants bras en déclarant que cette étape est la 14ème sur les 50 proposées : «Ce jeu en ligne est partagé sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, entre des groupes d’amis. Au début de ce jeu, les épreuves sont accessibles et sans contraintes, mais une fois arrivée à l’étape de la scarification, le groupe d’amis avec lequel le jeu est partagé demande une preuve de la scarification avec publication d’une photo montrant le tatouage du cétacé. C’est à partir de là que l’enfant est pris dans cet engrenage infernal et dans une spirale aux retombées irréversibles», estime un autre psychologue. Un autre de ses confrère optera, quand à lui, pour une approche plus rationnelle en faisant de la prévention au cas par cas tout en préconisant de mettre en place, en urgence, un dispositif spécial. Les deux volets, préventif et curatif, ont ainsi fait l’objet de débat intensif entre ces spécialistes de la médecine mentale, où il a été mis en avant l’impératif d’établir des profils psychologiques des potentielles victimes. Il faut traiter cette addiction à la base et sensibiliser les parents sur les dangers d’Internet auprès des enfants. Un outil qui doit être rigoureusement contrôlé en surveillant les jeunes utilisateurs : «Sur une conduite dépressive, une anorexie remarquée, ou des insomnies quotidienne, la cellule familiale doit immédiatement contacter un psychologue avant que l’irréparable ne se produise», avertira une intervenante. Pour un autre psychologue, «les groupes d’amis sur Facebook sont comparés à une secte avec un mot d’ordre à exécuter. » Plusieurs anecdotes seront ensuite révélées sur ces victimes qui, dit-on, «se confient facilement et avec une présence d’esprit parfois illogique. »
Hafidh Bessaoudi
