TIZI-OUZOU – Transfert de la gestion des cantines aux communes – Les maires perplexes

Le décret exécutif fixant les dispositions applicables aux cantines scolaires est paru au journal officiel n° 2 de l'année en cours.

Beaucoup de nouveautés sont apparues dans le nouveau dispositif mis pour mieux gérer ces établissements d’accompagnement de l’école primaire, dont le transfert de gestion au profit des communes. Ainsi, en plus de la réalisation et de l’entretien, la commune doit assurer l’affectation des agents qualifiés, et à un degré plus important, l’approvisionnement en denrées alimentaires, en plus de l’acheminement des repas en cas de besoin. Un gestionnaire doit être nommé pour assurer la continuité du service et la gestion des stocks, afin de mieux s’assurer de l’utilisation à bon escient des produits alimentaires achetés auprès des fournisseurs, tout en veillant à ce qu’ils répondent aux normes d’hygiène. Cette délégation accordée aux communes est en fait un cadeau empoisonné pour les élus locaux, qui continuent à se démêler pour assurer les repas quotidiens aux élèves. Dans la wilaya de Tizi-Ouzou, pratiquement toutes les communes n’arrivent pas à suivre ce changement dans la gestion des cantines scolaires imposé, de l’avis des anciens maires, à la fin de leurs mandats. Les présidents d’APC, nouvellement élus, héritent ainsi d’une situation conflictuelle vis à vis des fournisseurs qui continuent de réclamer leur argent, du fait que des contrats « mal établis » n’auraient pas été visés par le contrôleur financier. C’est le cas de toutes les communes des daïras de Draâ El-Mizan, de Boghni et d’Ouadhias, dont les présidents d’APC ont demandé une dérogation au directeur de l’administration locale pour honorer leurs engagements financiers avec les fournisseurs. Le motif de rejet du contrôleur financier, un organe de contrôle qui échappe à la tutelle des communes, concerne le non respect de la procédure lors des premières consultations en dépit de l’urgence signalée d’anticiper les choses d’autant plus, affirme-t-on du côté de l’administration communale, que «tout a été fait selon les orientations de l’Etat pour être au rendez-vous de la rentrée scolaire». De ce fait, plusieurs fournisseurs en perte de confiance avec les communes, attendent toujours le mandatement de leurs factures. Le président de l’APC de Mechtras a confirmé cette situation tout en rassurant que «les nouveaux contrats inhérents à l’année 2018 s’établissent sans difficultés». Pour lui, la difficulté de gérer les cantines se situe au niveau des effectifs qui manquent énormément dans les établissements.

La gratuité pour tous les élèves remise en cause

À ce jour, affirme le maire de Mechtras, «je suis contraint de faire appel aux agents receveurs de bus pour assurer le service dans une école primaire». L’édile communal ne se réjouit pas pour autant de la nouvelle mission qui leur est confié dans le décret exécutif 03/18 du 15 janvier 2018 publié au journal officiel du 21 janvier dernier. «Déjà que nous sommes noyés dans les problèmes et les lourdes missions léguées aux communes, on nous confie la gestion des cantines sans mesures d’accompagnement, mis à part l’octroi de crédits pour l’achat des produits alimentaires», poursuit-il. Pour les directeurs des écoles, ce changement constitue un casse tête à cause des retards et les nombreuses divergences qui les opposent aux communes, notamment sur le choix des fournisseurs, la qualité du produit, l’établissement des cahiers des charges, le prix des produits et la définition du rôle de chacun dans la gestion des cantines. Quant aux parents d’élèves, confrontés à la fermeture des cantines scolaires au début de l’année, ils déplorent ce changement car, pour eux, «de plus en plus, l’on assiste à la détérioration de la qualité du service. Des repas toujours fixé à 45 DA, et dès fois réduit à cause de l’insuffisance des crédits». Ce propos émane d’un parent d’élève, lui même directeur d’un établissement du moyen à Boghni, lequel voit cette mutation de «l’aventure et aux conséquences négatives pour la bonne marche des écoles primaires». Ces difficultés sur le terrain vont s’accentuer lors de la prochaine rentrée scolaire, lorsque les présidents des APC seront appelés à établir la liste des bénéficiaires de la cantine du moment que l’accès gratuit pour les élèves est remis en cause, puisque dans le décret il est dit que «les repas sont fournis gratuitement aux élèves lorsque leur situation le justifie». Enfin, il faut signaler que dans la répartition des budgets affectés aux collectivités, affirme un élu local de la commune de Aïn Zaouïa, «la tutelle ne prend pas en compte le manque de ressources de certaines communes, incapables de consacrer une subvention pour améliorer les repas comme le stipule le décret». Donc, en plus des difficultés de mandatement des factures, c’est l’organisation de ces établissements qui est mise en jeu en l’absence de moyens humains et matériels pour faire face aux besoins des écoles dont la plupart sont en proie à des difficultés d’ordre rganisationnelles.

Merzouk Haddadi