The Economist passe le cap du million d’exemplaires

C’est la première fois, en 162 ans d’existence, que le magazine basé à Londres atteint ce niveau de ventes, un jalon qui le laisse malgré tout loin derrière les mastodontes américains Time (4 millions) et Newsweek (3 millions). Mais ce qui frappe chez l’Economist, c’est plutôt l’accélération vertigineuse de sa croissance. Plus d’un siècle après son lancement en 1843, il ne s’en vendait encore que 6. 000 exemplaires par semaine. Et en 1994, la diffusion dépassait à peine les 550. 000 exemplaires. « Pour mettre les choses en perspective, il nous a fallu 126 ans pour passer de 0 à 100. 000 exemplaires, et un an pour passer de 900. 000 à un million », a indiqué à l’AFP le responsable international des ventes, Christopher Collins. Atteindre le million d’exemplaires, pour ce journal n’employant que 75 journalistes permanents, sera « une étape historique », a-t-il assuré. La répartition de la diffusion du magazine surprend elle aussi. Tout en affichant ostensiblement son caractère britannique, l’Economist ne vend « que » 150. 000 journaux sur son marché national, contre 500. 000 en Amérique du Nord. En Europe, c’est la France qui est, hors Royaume-Uni, le premier marché du journal. L’hebdomadaire tire une grande fierté de sa farouche indépendance, attestée par ses prises de position audacieuses et quelquefois excentriques. The Economist a été créé par un chapelier écossais, James Wilson, pour s’opposer à des restrictions tarifaires à l’importation de maïs. Il n’a jamais dévié de son credo originel, à savoir que le libre-échange et la liberté individuelle sont les remparts essentiels de la civilisation. D’autres traditions perdurent, comme le fait que les articles ne sont pas signés. L’objectif est de signaler que le message est plus important que celui qui le porte, mais aussi de favoriser le travail collectif. La ligne libérale du journal ne s’accompagne pas d’une docilité douteuse à l’égard du monde des affaires ou de la politique. The Economist s’est ainsi spécialisé dans l’art de mécontenter les puissants. Le journal se proposait ainsi d’expliquer en 2001, dans une couverture mémorable, « Pourquoi Silvio Berlusconi n’est pas à même de diriger l’Italie ». L’Economist veille enfin à se tenir loin du conservatisme sur les questions de société. Dès 1996, il a par exemple exigé l’autorisation du mariage homosexuel. Ce ton, qui lui est propre, est un atout pour les ventes de l’Economist, selon Christopher Collins. Selon M. Collins, « depuis la dernière décennie, et peut-être depuis un peu plus longtemps, les gens se sont tournés vers l’Economist pour son indépendance d’esprit et son analyse. Dans les périodes difficiles économiquement ou politiquement, les gens essaient de trouver du sens à un monde de plus en plus compliqué ».