Les propos tenus publiquement par la députée Naima Salhi envers Tamazight continuent de susciter l’indignation et la mobilisation des citoyens en Kabylie et ailleurs.
Nombreux sont ceux qui les jugent (les propos) comme pas seulement le témoignage de la haine antisémite d’une psychopathe névrosée qui, pour d’obscures raisons personnelle, aurait décidé de «casser du kabyle», mais ils témoignent également d’une animosité sans précédant envers une identité, une des constantes et des piliers de la constitution algérienne. Sans verser dans sa vie privée, l’ensemble de la classe politique est unanime à déclarer que la levée de son immunité parlementaire est indiscutable pour «laver l’honneur et l’affront de tout un peuple.» Ainsi, le décret présidentielle promulguant Yennayer fête nationale, chômée et payée, aura subitement réveillé de vieilles rancunes auprès de la présidente du Parti de l’Equité et de la Proclamation (PEP), formation politique qui représente à lui seul un siège au niveau de l’APN. Avec si peu de légitimité et encore moins de crédibilité, les propos de cette députée de la nation n’honorent guère les élus siégeant à l’hémicycle du boulevard Zighout Youcef comme en témoigne Djamel Bahloul, député FFS de la wilaya de Bouira : «Les propos tenus par cette députée sont violents, racistes et véhiculent un discours de haine. Ce comportement va à l’encontre de la déclaration universelle des droits de l’Homme, pourtant ratifiée par l’Algérie. Elle menace de mort une innocente et dans d’autres pays, elle serait poursuivie en justice et une action publique serait déclenchée contre son parti avec le retrait de son agrément. Elle agit, ainsi, avec son immunité parlementaire et cela porte atteinte aux représentants du peuple, mais aussi au statut de responsable d’un parti politique aussi insignifiant soit-il. Je dénonce avec véhémence son discours de discrimination, pour se replacer sur l’échiquier politique et pour faire plaisir à ses mentors qui l’ont parrainé. Contrairement à elle, nous avons lu la constitution et son préambule et en tant qu’enseignant à la faculté de droit, je l’enseigne au quotidien. Fait plus grave, elle remet en cause l’article 4 de la constitution algérienne qui fait de Tamazight une langue nationale et officielle», déclare le député FFS de Bouira. Pour Farida Si Nacer, députée de Bouira élue sous les couleurs de l’ANR, c’est tout simplement honteux de véhiculer un tel discours : «Je n’ose même pas prononcer le nom de cette femme… C’est indigne d’un représentant du peuple avec un mandat national mais aussi international avec les relations bilatérales que nous avons avec les autres pays. En tant que femme, je ne comprends pas comment on peut menacer de mort sa propre fille. C’est inhumain ! Sur le plan de l’histoire algérienne, faire fi des hommes qui ont hissé notre pays au rang d’État indépendant siégeant au conseil des nations est une injure envers le peuple algérien. Le défunt Aït Ahmed n’a eu de cesse de militer politiquement pour Tamazight, langue millénaire. Les Berbères ont fêté Yennayer 2967, pour la première fois dans l’histoire sous le sceau d’une fête chômée et payée, selon le décret du président de la République», souligne Farida Si Nacer. Le docteur Bouha, député RND de Bouira, est beaucoup plus virulent contre celle qu’il considère comme une paria : «Je condamne énergiquement ces propos haineux et ces insultes envers les valeurs du grand peuple algérien. Il s’agit là d’une violente attaque contre la constitution dont nous sommes garants. Nous demandons la levée immédiate de son immunité parlementaire et des poursuites judiciaires à son encontre. Par ailleurs, nous exigeons sa déchéance de la nationalité algérienne pour son comportement injurieux et offensant à plus d’un titre», préconise le docteur Bouha.
Pour le député indépendant d’Alternative Citoyenne, Nordine Ait Hamouda, représentant de l’APN auprès de l’union européenne, cette femme n’en est pas à son premier dérapage : «Seule une femme indigne peut tenir des propos racistes et elle a déjà demandé des condamnations à mort pour des Algériens n’ayant commis aucun crime. Elle est affiliée à Djaballah et à l’ex-ministre Aboudjerra Soltani et elle sait de quoi je parle. Elle n’a jamais tenu de tels propos envers ses chers frères et amis terroristes. Étant donné qu’elle est ma collègue à l’assemblée nationale, je lui suggère de prendre un avion et de rejoindre Daesh en Syrie, je pense qu’ils lui trouveront bien un emploi…», ironise pour sa part M. Ait Hamouda.
Que prévoit la loi contre l’incitation à la haine raciale ?
Pour de nombreux avocats et ténors du barreau de Bouira ayant requis l’anonymat en raison de l’interdiction de s’adresser à la presse, la levée de l’immunité de la parlementaire est une action possible et réalisable : «Il suffit que des citoyens s’adressent au Procureur d’Alger, comme le prévoit la loi lorsqu’une personne s’estime lésée dans ses droits fondamentaux ou constitutionnels. Le Parquet général pourra ensuite ouvrir une enquête d’autant plus que cette femme, par ces propos, porte atteinte à l’unité nationale. Qui est, d’ailleurs, cette femme pour usurper le statut de linguiste en déclarant Tamazight langue morte ? Sur quelle base affirme-t-elle cette aberration ? Elle a d’ailleurs l’obligation de réserve en tant que députée. En portant atteinte à la constitution, en touchant à l’une des constantes nationales, en appelant à la haine raciale et pour clôturer le tout, elle menace sa fille. Avec autant de preuves, elle est passible de peines lourdes au pénal, pouvant aller à des amendes jusqu’à des peines de prisons», affirment des hommes de loi. Ainsi, aussi bien selon la loi algérienne que les textes de la Convention internationale des droits de l’enfant, il est souligné que toutes les mesures doivent être adoptées pour que l’enfant soit protégé : «Les droits de l’enfant consacrent les garanties fondamentales à tous les êtres-humains : le droit à la vie, le principe de non discrimination, le droit à la dignité à travers la protection de l’intégrité physique et mentale (la protection contre l’esclavage, la torture et les mauvais traitement,…) Les droits de l’enfant comprennent des droits individuels : le droit de vivre avec ses parents, le droit à l’éducation, le droit de bénéficier d’une protection,…» Par ailleurs, l’article 284 du code pénal dans sa section II stipule «quiconque menace d’assassinat (…) est puni d’un emprisonnement de deux à dix ans (…)» De même dans l’article 286 : «Si la menace faite avec ordre verbale, le coupable est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans.» De ce fait, si cette élue du peuple présente des troubles psychiatriques pouvant attenter à la sécurité et à l’intégrité physique de sa fille mineure, l’Etat doit alors immédiatement se saisir pour l’application urgente des textes de loi. Haine viscérale et antisémite ou folie prouvée sur cette personne, les magistrats doivent s’autosaisir.
La société civile offusquée !
Des étudiants du département de langue et cultures amazighes de l’université Akli Mohand Oulhadj de Bouira ont interpellé, hier, les élus de l’APW de Bouira pour dénoncer «les humiliations subies par les propos calomnieux et diffamatoires» de la députée de Boumerdès, Naima Salhi. Au cours d’une rencontre avec ces élus au niveau de l’APW, les étudiants du département du DLCA ont demandé à ce que l’immunité parlementaire de cette élue du peuple soit levée. Et pour appuyer leur doléance, une pétition a été lancée afin de recueillir un maximum de signatures auprès de tous les départements de langue et cultures amazighes à travers le territoire national. Une pétition qui est, par ailleurs, ouverte à la société civile, ainsi qu’aux élus «qui se sentent déshonorés par le discours antisémite tenu par cette femme», peut-on lire dans le document destiné au Parquet d’Alger. Affectés par cette haine affichée, les initiateurs de cette pétition comptent saisir les plus hautes instances de la République pour notifier leur refus de voir cette députée en exercice pour le reste de son mandat. «Il s’agit pour nous de défendre l’honneur de tout un peuple qui s’est sacrifié pour vivre en harmonie et pour une Algérie unie et indivisible», s’indigne Amine, l’un des étudiants de l’université Akli Mohand Oulhadj. Les élus, pour leurs parts, à leur tête le P/APW M. Ahmed Boutata, se sont dits outrés par le comportement de la députée et estiment qu’à défaut de réparation pour préjudice moral, la levée de son immunité parlementaire avant de l’ester en justice est un impératif. «Je souhaiterais, en plus de la levée de son immunité parlementaire, qu’elle soit déchue de sa nationalité car elle en est indigne», estime M. Boutata. On apprendra qu’un groupe d’avocats de Bouira a été contacté par plusieurs membres de la société civile pour enclencher une procédure visant à interpeller le parquet d’Alger, ainsi que le président de l’APN, pour exiger la levée de l’immunité parlementaire de l’élue incriminée.
Hafidh Bessaoudi

