Le marché du véhicule d’occasion est plombé par une dérive inflationniste sans précédent. «En l’espace de trois années, les prix ont bondi de 40 à 50%. Depuis plus de vingt ans que je suis dans le créneau, je n’ai jamais vu pareils écarts», atteste interloqué, un revendeur, apostrophé au marché d’Akbou. Le site qui abrite le négoce du véhicule usager, est submergé par une marée humaine dont le tropisme pour la voiture ne s’est jamais démenti. Mais que l’on ne s’y trompe pas, parmi ces gens qui affluent en masse, rares sont ceux qui trouvent une opportunité d’achat en adéquation avec leurs moyens financiers. «Les conclusions d’achat se font au compte-gouttes. Les prix sont si inabordables que la plupart des visiteurs repartent bredouilles, assommés par des tarifs exorbitants», fait remarquer un habitué des lieux. Dans le carré des véhicules touristiques, l’ambiance est plutôt morose. Les prix donnent le tournis. Une petite cylindrée, immatriculée en 2015, avec plus de 40 mille km au compteur, se négocie à 16O millions. Les véhicules rutilants ont aussi leur place. Mais il faut compter une surcote de près de 20% par rapport aux véhicules neufs, dont la livraison ne se fait qu’après plusieurs mois d’attente. «Une voiture qui a roulé dix ans est proposée à 90 millions de centimes, alors qu’elle valait mois de 50 millions, il y a seulement deux ans. Les revendeurs ont leur part de responsabilité dans cette flambée. Ils profitent de la conjoncture pour propager de fausses informations, à l’effet de faire fructifier leurs affaires», dénonce un citoyen. «Par la faute de ces spéculateurs, charge-t-il, même les véhicules abimés sont devenus hors d’atteinte de la classe moyenne, et un luxe pour les petites gens que nous sommes». Abordé en privé, un intervenant versé dans ces transactions informelles, confie que le filon du véhicule usager n’est pas aussi lucratif qu’on veut bien le laisser entendre. «Le marché traverse une période de dépression et d’incertitude. Les véhicules sont tellement chers qu’ils trouvent difficilement preneurs. Pour s’en sortir, on ronge sans cesse sur les marges bénéficiaires. Parfois, on perd même au change», confesse-t-il. L’impact négatif de l’arrêt des importations de voitures et la dépréciation progressive du dinar sont là. La flambée est générale et n’épargne aucune catégorie de véhicules. Les tarifs de certaines cylindrées, parmi les plus courues, ont carrément doublé, apprend-on. D’aucuns ne manquent pas de faire remarquer que plus les usines de montages se multiplient, moins l’impact est positif sur les prix des voitures. La politique des prix prônée par les pouvoirs publics n’a, à l’évidence, apporté aucune valeur ajoutée au consommateur.
N. Maouche

