Le premier responsable de la Poste, des technologies de télécommunication et du numérique (PTTN) de la wilaya de Bouira, M. Mustapha Didiche, dresse, dans cet entretien, l’état des lieux dans son secteur et fait part des projets retenus.
La Dépêche de Kabylie : Pouvez-vous présenter brièvement votre direction ?
Mustapha Didiche : Notre direction existe depuis 2003, date de la réforme du secteur avec comme pour principale mission de veiller à l’application de la législation et de la réglementation relative à la poste et aux télécommunications. Après la réforme du secteur, plusieurs autres entités ont vu le jour, telles Algérie Poste (EPIC), Algérie Télécom (SPA), ATS (filiale d’Algérie Télécom SPA). La direction de la wilaya est leur interface, ce qui lui donne un droit de regard sur le bon déroulement de ces services publics.
Quelles sont les principales missions de la direction pour les deux secteurs des télécommunications et de la poste ?
Elles se résument à évaluer les besoins de la population dans le domaine. Nous sommes aussi chargés de recenser les apports des opérateurs publics du secteur, tel qu’Algérie Télécom et Algérie Poste, et essayer de travailler en collaboration avec les autorités locales.
Quelle est la nature de vos rapports avec les directions d’Algérie Télécom et d’Algérie Poste à Bouira ?
Nous travaillions en étroite collaboration et en communication permanente. Nos rapports sont très bons et bien plus que des rapports administratifs et techniques. Notre relation est très amicale et professionnelle. Les responsables locaux des deux opérateurs ne lésinent pas sur les efforts pour concrétiser nos objectifs et répondre favorablement aux doléances et exigence de la population locale. D’ailleurs, sur le terrain, nous travaillons tous en étroite collaboration avec la société civile de chaque commune, en utilisant même les moyens technologiques de communication avec les associations locales. Nous avons réussi grâce à ces outils et grâce à notre politique d’ouverture sur la société de récolter et de recenser les besoins des citoyens de notre commune, et même d’aller sur le terrain pour régler certaines situations délicates et difficiles.
Quel est l’apport de votre direction à la concrétisation des programmes de modernisation des deux secteurs ?
Pour l’instant, nous avons réalisé une grande avancée en matière de modernisation des deux secteurs dans la wilaya de Bouira. Nous avons, en effet, bénéficié d’importants projets pour la modernisation, pour l’amélioration de nos services et le rapprochement vers le client. Par exemple et depuis 2012 à ce jour, nous avons réalisé plus de 800 km de fibre optique, sachant que c’est le double de ce qui a été réalisé pendant 50 ans dans la wilaya de Bouira. Actuellement, notre réseau en fibre optique est composé de plus de 1 283 km. Entre temps, nous avons procédé à la suppression de tous les équipements anciens ou «caduc», comme le WLL et l’AXE, et nous les avons remplacés par des équipements d’actualité en ligne et de haute technologie, qui peuvent assurer des services améliorés et avec une grande qualité comme les MSAN (Multi-Service Access Node ou le Noeud d’Accès Multi-Service), qui sont de l’ordre de 136 équipements installés sur tout le territoire de la wilaya de Bouira. Nous avons, aussi, participé dans les programmes de l’amélioration du service public directe, notamment par le biais du raccordement des antennes administratives au réseau de la fibre optique, qui sont de l’ordre de 50 opérations pour le moment. Il faut juste préciser que le raccordement des antennes administratives généralement situées dans des zones isolées et éloignées, permet aux citoyens un accès directe au logiciel moderne de l’état civil et permet aussi d’effectuer d’importantes opérations juste à côté de chez soi, sans devoir se déplacer. En plus de nos efforts pour l’éradication de la fracture numérique, entre les sociétés locales urbaines et les sociétés locales rurales, notamment à travers l’installation de 30 antennes relais BTS 4G-LTE, et ceci pour fournir les mêmes avantages aux citoyens installés dans les zones rurales ou isolées. Je ne dirais pas qu’on a abouti à 100 % de notre objectif, car notre travail est en perpétuelle continuation, mais nous allons continuer à travailler dans le cadre d’une feuille de route bien tracée et étudiée, et nous allons poursuivre nos efforts pour répondre favorablement à la demande de la population de l’ensemble des localités de la wilaya.
Le placement et la réalisation de nouvelles technologies de communication nécessitent des budgets considérables. Votre secteur a-t-il été affecté par les nouvelles mesures économiques du gouvernement ?
Je ne dirais pas que notre secteur n’a pas été affecté. Effectivement nous avons été obligés de conduire une nouvelle approche de dépenses, et je dirais que c’est une approche raisonnable. Actuellement et grâce notamment à notre nouvelle vision économique, nos fonds sont injectés d’une manière très étudiées et là où le besoin est enregistré. C’est une approche de rationalisation des dépenses qui ne pénalise pas nos efforts pour le développement du secteur, bien au contraire le résultat est plus palpable. Par exemple et pour installer une antenne BTS, nous calculons désormais même la distance d’électrification. D’autres parts, nos ressources financières ne se limitent pas uniquement aux subventions de la tutelle, nous avons aussi le fond de la wilaya, le fond des hauts plateaux, les budgets communaux, les PCD et le fond spécial du service universel. D’ailleurs, la wilaya de Bouira a bénéficié énormément de ce dernier fond, vu que nous avons adopté une feuille de route bien étudiée.
Avez-vous programmé la réalisation de nouveaux bureaux de postes dans la wilaya, et qu’avez-vous prévu pour ceux fermés durant la décennie noire ?
Je précise que nous avons déjà effectué des études techniques pour la réouverture de l’ensemble des bureaux de poste fermés, surtout que ces structures nécessitent des opérations de réhabilitation. Nous avons conclu que ces opérations de réhabilitation sont plus coûteuses que des opérations de réalisation de nouveaux bureaux de poste, donc nous avons éliminé cette option. Actuellement et en fonction de l’indice national, nous avons dans la wilaya de Bouira, 7 963 personnes par bureau de poste, alors qu’à l’échelle nationale, l’indice est à l’ordre de 10 000 personnes par bureau de poste. Notre indice est parmi les meilleures en Algérie. Maintenant ce qu’il faut faire, c’est d’améliorer les prestations, notamment en plaçant des GAB (guichets automatiques des billets), qui vont renforcer les capacités des bureaux existants. Dans un autre registre, nous essayons, en collaboration avec les autorités communales, de récupérer des locaux vacants et de les réaménager en bureaux de poste. L’utilisation des cartes de paiement électronique s’inscrit aussi dans le cadre de cette politique. Récemment, nous avons réceptionné plus de 83 000 nouvelles cartes Edahabia. Donc, notre politique pour ce point est d’utiliser au maximum les capacités existantes, rationaliser nos dépenses, améliorer et rapprocher nos services du citoyen.
Avez-vous prévu l’installation de nouveaux GAB pour l’année 2018 ?
Il s’agit d’un programme national géré par la Direction générale de la Poste et l’installation se fait en fonction des achats de ces équipements. Chaque année, nous bénéficions de notre quotta qui peut varier entre 3 et 4 nouveaux GAB. Actuellement, nous avons 29 GAB installés au niveau de la wilaya. Notre programme pour ces installations se poursuit d’une manière graduelle. Nous avons commencé par les chefs-lieux de daïras, ensuite vers les chefs-lieux de communes, et dès que ça sera généralisé pour toutes les 45 communes, on peut aller vers les agglomérations et les localités. Nous avons aussi un programme pour l’installation de GAB au niveau des administrations publiques de la wilaya, même en dehors des bureaux de poste. D’ailleurs, nous allons installer deux GAB au niveau du centre national des sports et loisirs de Tikjda (CNSLT), qui vont sûrement rendre un grand service aux amateurs de ce centre ainsi qu’à tous les touristes qui côtoient ce centre et le Djurdjura.
La ministre des Télécommunications a lancé, lors de sa dernière visite dans la wilaya, le service internet FTTH. Avez-vous déjà enregistré des demandes d’abonnements pour ce nouveau service ?
Je précise d’abord que la wilaya de Bouira dispose des atouts nécessaires pour la réalisation de cette technologie très moderne. Le service FTTH ou FTTX est justement la propagation de la fibre optique, avec un réseau très long et fiable qui peut véhiculer n’importe quel type d’information, téléphonie, internet et DATA avec une énorme vitesse. C’est un réseau de passerelles en giga. Notre réseau de fibre optique peut véhiculer cette technologie qui offre un service d’excellente qualité, car l’information peut être véhiculée en vitesse de lumière. Pour sa réalisation, la fibre optique peut atteindre la cité en mode FTTC, elle peut atteindre le bâtiment en mode FTTB et, enfin, la maison en mode FTTH. Cette technologie offre une panoplie de services et non seulement internet à très haut débat. Comme un service de caméra et la télévision électronique TNT&hellip,; les équipements peuvent être installés au niveau des bâtiments et les dérangements seront automatiquement signalés. Ce genre de technologie peut nous amener à la concrétisation du concept de ville intelligente. Nous avons déjà enregistré des abonnements pour cette technologie, notamment au niveau de la cité des 140 logements de la commune de Bouira. Nous avons huit projets de FTTH pour l’année 2018, dont cinq sont achevés et trois mis en exploitation. Les abonnés ont adhéré à cette offre et ils sont très satisfaits des services. Nous lancerons incessamment 72 projets de la FTTH, pour toucher toutes les communes de la wilaya.
Et pour le paiement électronique ?
Nous avons déjà une première expérience pour la vulgarisation de ce mode de paiement, au niveau du principal bureau de poste de M’Chedallah. C’est la G-boutique. C’est-à-dire, le client peut effectuer toutes les prestations de paiement par internet au niveau de ce guichet, à l’image du paiement des factures d’électricité, de l’internet et les rechargements de téléphone mobile. C’est une bonne expérience que nous allons généraliser prochainement.
Un dernier mot pour conclure…
Je tiens à rendre hommage aux citoyens de la wilaya de Bouira qui m’ont marqué par leur respect et leur esprit de solidarité. Je rends hommage, également, au mouvement associatif local, très engagé pour le développement des communes. C’est ce même engagement sur le terrain qui nous a aidés et encouragés à concrétiser nos projets et à répondre favorablement aux doléances des citoyens. D’ailleurs, ces associations ont réalisé des projets en entiers avec leurs propres fonds. Ceci nous a aidés à ratisser toute la wilaya et à recenser les demandes des populations et de concrétiser des projets dans certaines localités, qu’on avait omises à un certain moment.
Entretien réalisé par Oussama Khitouche

