Le conseil national de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA) a exprimé, avant-hier, via un communiqué rendu public «ses vives inquiétudes à la suite de la fermeture de plusieurs lieux de culte par les autorités». Selon le document de l’EPA, trois lieux de culte ont été fermés dans la wilaya d’Oran (Aïn Turk, Layayda et Oran-ville), alors que trois autres églises, situées à Béjaïa, Tizi-Ouzou et Ouargla, «ont été sommées de cesser toute activité». Pour les rédacteurs de ce communiqué, «En réalité, la menace de fermeture pèse quasiment sur toutes les communautés de l’EPA». Par ailleurs, l’EPA a déploré «les intimidations» dont font objet ses membres et les communautés qui lui sont rattachées. Il s’agit particulièrement des procès intentés, récemment, contre deux chrétiens à Tiaret et un à Tizi-Ouzou, «lesquels, selon l’EPA, sont faussement accusés de prosélytisme». Avant-hier, le tribunal de Frenda, à Tiaret, a condamné, dans un procès en appel, deux chrétiens à une amende de 100 000 DA. Ils ont été arrêtés en 2015 en possession de « la littérature chrétienne ». Ils ont été condamnés par défaut, en première instance, à deux ans de prison ferme et 50 000 DA d’amende. En outre, l’EPA a manifesté son inquiétude devant les actes d’intimidation à l’encontre de ses membres à travers plusieurs wilayas, lesquels, selon son communiqué, «ont été convoqués pour interrogatoire». Le conseil national de l’EPA regrette également «la fouille ciblée» de ses membres à l’aéroport et la confiscation de « livres chrétiens », destinés pourtant à un usage personnel. L’un des voyageurs, selon la même source, est actuellement poursuivi en justice à Tizi-Ouzou pour «importation de livres chrétiens d’une manière illégale». Dans la wilaya d’Oran, déplore encore l’EPA, une librairie a été fermée «parce que son propriétaire est de confession chrétienne», alors qu’une ferme d’élevage de cailles, dont le propriétaire se trouve être aussi un chrétien, dans la daïra d’Arzew (Oran), est sous la menace de fermeture. Dans un autre chapitre, l’EPA, qui affirme détenir un agrément depuis 1974, confirmé en juillet 2011, informe l’opinion publique qu’elle a procédé «dans les délais» à la mise en conformité de ses statuts à la loi de 2012 «mais sans recevoir, à ce jour, de récépissé». Il en est de même pour le renouvellement de son conseil national, a-t-on souligné. Pour rappel, dernièrement, le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa a nié la volonté de l’Etat de fermer des églises, tout en précisant que les autorités sont en train d’appliquer la loi de 2006 régissant le culte autre que musulman. Une loi que l’EPA qualifie «d’épée de Damoclès suspendue sur la tête des chrétiens», tout en réclamant son amendement.
Boualem Slimani
