Les gâteaux traditionnels détrônent le croissant

Depuis quelques mois, dans tous les cafés de la ville de Draâ El Mizan et même d’ailleurs y compris le chef-lieu de wilaya Tizi Ouzou la clientèle matinale ne plonge plus la main vers le croissant pour accompagner la tasse de café au lait mais se tourne carrément vers les gâteaux traditionnels qui ont pris place sur les comptoirs ou dans les meubles acquis pour préserver l’hygiène. Au demeurant, cette initiative revient à une petite entreprise familiale installée dans l’agglomération qui fait travailler ainsi, outre ses membres quelques jeunes filles et garçons. Ainsi, l’ »Amssamène » doré reste le plus prisé, sa forte demande lui confère ainsi sa place en haut du tableau. « J’en prends généralement un au matin et l’autre dans l’après-midi pour le goûter », nous confie ce fonctionnaire d’une administration, obligé de se lever de bonne heure pour rejoindre à temps son travail car il réside dans un hameau éloigné avant d’ajouter qu’il prend quotidiennement son petit-déjeuner dehors pour ne pas déranger le sommeil de sa « pauvre » qui est de surcroît malade. Pour ce gâteau fait uniquement de semoule et d’eau mais qui nécessite de l’huile d’olives pour étaler sa pâte feuilletée, le doigté de la préparatrice est primordial pour sa présentation et son esthétique qui compte beaucoup pour les yeux du consommateur alors qu’en dernier ressort, sa cuisson doit se faire à feu très doux, il peut être pris avec de la bonne confiture. L’ « Makrout fourré » vient en seconde position bien qu’il soit concurrencé par celui distribué par le tunisien berbère installé depuis longtemps dans la localité et qui a décidé de sortir de sa minuscule échoppe en étalant son champ d’action à toute la vallée et en lançant également sur le marché d’autres produits tels les galettes de « R’fis tounsi », le « Khachikhch » et bien sûr les beignets. Au demeurant, il reste que pour le succès de ces gâteaux traditionnels, il tient surtout de notre culture culinaire qui ne s’accommode pas de ce qui nous est étranger. « Depuis que les clients trouvent ces gâteaux traditionnels sur le comptoir de bon matin, ils ne demandent plus les croissants ou les mille feuilles ou autres pâtisseries : c’est d’abord parce que c’est devenu rare qu’ils soient préparés dans les maisons où il n’y pas de vieilles, vous savez que nos jeunes filles et nos nouvelles mariées n’aiment pas se fatiguer, elles préfèrent se mettre en beauté que de se brûler devant la poêle », termine notre interlocuteur qui aime aussi les crêpes au miel. Il ne fait aucun doute donc que le travail accompli par cette jeune entreprise est bénéfique à plus d’un titre et qu’il doit être encouragé en espérant que d’autres pensent à ouvrir des restaurants pour servir uniquement nos plats traditionnels qui sont voués à l’oubli et remplacés par la pizza.

Essaid N’Ait Kaci