Le 14 mars, Journée nationale des handicapés, est attendu avec impatience par plusieurs centaines de personnes aux besoins spécifiques, à travers le pays.
Au niveau de la wilaya de Bouira, c’est l’Union générale des handicapés moteurs (UGHM) qui essaye tant bien que mal de satisfaire un maximum de demandes, notamment auprès des personnes vivant en zone rurale. Mme Larfi Naima, présidente de l’UGHM de Bouira, se démène pour accomplir la distribution d’appareillages spécifiques aux handicapés, non pas uniquement en cette Journée qui leur est dédiée, mais tout au long de l’année et particulièrement durant le mois de mars. Ainsi, plusieurs activités sont prévues où l’UGHM sera présente, dont le coup d’envoi a été donné dimanche dernier avec la distribution de matelas orthopédiques, de chaises roulantes et de béquilles. «Nous avons entamé la remise d’appareillages, le 11 mars, au niveau de Kadiria, lors d’une cérémonie. Il y a eu à cette occasion un match amical entre le club amateur communal de la police, en présence de son président M. Smaïl, d’anciens joueurs du club de football d’El Harrach, de M. Mehdaoui Abderahmane ancien dirigeant de l’équipe nationale. Nous avons fait une remise de cadeaux à plus de 25 handicapés de toute la daïra, entre appareillages, matelas orthopédiques, fauteuils roulants et services de tables. C’est pour la troisième année consécutive que nous célébrons cette Journée», confie Mme Larfi.
Remise de tricycles, fauteuils roulants et machines à coudre pour l’occasion
De nombreux handicapés se verront remettre par les autorités de wilaya en collaboration avec la DAS, à l’occasion de la Journée de l’handicapé, des fauteuils roulants, des tricycles ainsi que des machines à coudre au profit des stagiaires ayant reçu une formation et obtenu leurs diplômes de couture. Le nombre d’handicapés ne cesse de s’accroitre ces dernières années, notamment avec la multiplication des accidents de la route. Ainsi, selon Mme Larfi, 19. 815 handicapés dont 6. 508 handicapés moteurs ont été recensés à travers la wilaya de Bouira, cette année. Pour la présidente de l’UGHM, «nous devons être présents pour marquer cette journée du 14 mars et atténuer les souffrances des handicapés avec la remise de matériel, notamment appareillage».
Les détenus aux besoins spécifiques également ciblés
«Pour l’après-midi de cette journée du 14 mars, nous avons prévu un programme avec les services de réinsertion de l’administration pénitentiaire, au niveau de l’établissement pénitencier Saïd Abid de Bouira pour remettre des appareillages, fauteuils roulants, béquilles, chaises-toilettes, couches adultes au profit de 12 détenus, ainsi que deux autres au niveau de la prison de la route de Haizer. Nous avons signé une convention depuis 2013 avec l’administration pénitentiaire comme partenaire pour aider les détenus aux besoins spécifiques, car il y a des handicapés moteurs et des attardés mentaux dans ces prisons. Des prisonniers spéciaux qui proviennent d’autres wilayas», indique Mme Larfi précisant que cette remise de matériel se fera en présence des directeurs des établissements, ainsi que huit autres associations qui marqueront cette journée dédié aux handicapés. «Ce programme s’étale à longueur d’année et non pas de manière occasionnelle car ces détenus ont des besoins particuliers sur lesquels nous devons veiller en tant qu’Union générale des handicapés moteurs de la wilaya de Bouira», indique notre interlocutrice. Pour cette dernière, la Journée du 14 mars se perpétue au-delà de cette date car il n’est pas évident que les bienfaiteurs soient prêts pour financer certains matériels. «Il y a des entrepreneurs dont les situations financières n’ont pas encore été débloquées et ils nous demandent de patienter pour l’acquisition d’appareillages. Donc, nous distribuons les dons au fur et à mesure de leurs arrivages et selon la disponibilité. Nous comprenons cette situation et c’est pour cela que nous échelonnons la distribution d’appareillages spécifiques de cette Journée sur le mois de mars. Il est indispensable de doter le plus d’handicapés possible en matériel, effets vestimentaires, couvertures. Et je tiens à remercier ces généreux bienfaiteurs qui tiennent à garder l’anonymat», soutient Mme Larfi.
Des appareillages hors de prix
Pour ce mois de mars, 120 personnes handicapées moteurs résidant en zone rurale seront également destinataires de matériel spécifique. «Ce sont des personnes pour lesquelles nous avons fait des enquêtes à domicile, dernièrement, et il s’est avéré qu’ils sont vraiment pauvres et qu’ils n’ont aucun moyen pour acquérir des fauteuils ou l’appareillage qui leur est nécessaire, notamment des fauteuils électriques pour les handicapés scolarisés. Ce sont pour la plupart des handicapés à 100% que nous avons recensé ces derniers mois et qui habitent dans des zones reculées de la wilaya. Même pour faire le recensement, nous devons préparer notre visite d’avance pour rencontrer le père de famille. Il faut également la présence des services sociaux de l’APC, du maire ou du chef de daïra de la localité. Pour programmer ces visites, c’est toute une gymnastique d’autant plus que les endroits ciblés où habitent ces personnes sont éloignés d’où la remise d’appareillages qui s’échelonnera tout au long de ce mois de mars. Il y a 120 personnes aux besoins spécifiques pour lesquels nous fournirons des matelas anti-escarres, des matelas à air, des plaquettes anti-escarres, fauteuils roulants manuels enfants et adultes, fauteuils roulants électriques, des motos tricycles, des lits de 5 positions avec télécommandes pour les paraplégiques et tétraplégiques qui coutent 15 millions de centimes. Nous dépendons entièrement des dons que nous recevons par les bienfaiteurs qui nous accompagnent dans cette mission. Il faut savoir qu’un fauteuil roulant électrique coute 35 millions de centimes. Ce n’est pas évident qu’un bienfaiteur puisse acquérir plusieurs de ces fauteuils. Je peux vous certifier qu’après avoir vu la joie dans les yeux des personnes handicapées qui ont reçu ces fauteuils, c’est un moment inoubliable et cela change énormément le cours de leur vie. Même une chaise-toilette de moindre cout permet de soulager l’handicap, et je ressens leurs émotions», déclare la présidente de l’UGHM de la wilaya de Bouira. Une structure qui travaille essentiellement pour les personnes handicapées dans le besoin, et force est de constater qu’il est extrêmement difficile de privilégier un handicapé au profit d’un autre, d’où les sorties sur le terrain pour découvrir et voir dans quelles conditions ces handicapés évoluent au quotidien.
«On attend des services de la wilaya des autorisations d’exploitations des locaux»
«Pour ce mois de mars, j’espère également pouvoir aider plusieurs handicapés si les services de la wilaya se montrent disposés à accorder des autorisations d’exploitation de locaux pour des personnes ayant reçu des formations. Ils ont obtenu des diplômes en garniture auto et salon, en couture, en pâtissier et l’idéal serait qu’ils puissent bénéficier de locaux auprès de la wilaya. L’union, grâce aux bienfaiteurs, peut fournir le matériel nécessaire pour leur activité mais pour trouver un endroit où exercer, nous comptons sur les autorités de wilaya pour octroyer des autorisations d’exploitations de locaux qui sont actuellement inexploités», espère Mme Larfi. «Seront ainsi créés des ateliers pour ces handicapés formés à Corso et à Kouba dans différentes filières. Maintenant qu’ils sont diplômés, il serait souhaitable qu’ils puissent travailler», estime la présidente de l’Union. «C’est toute une démarche que nous avons entamé il y a plusieurs semaines et nous attendons toujours des réponses auprès des autorités avisées. Le maire de Bouira a été destinataire d’une demande mais à ce jour aucune réponse ne nous a encore été signifiée. Nous avons formé ces personnes et c’est aberrant de voir des jeunes handicapés diplômés qui ne peuvent pas exercer, alors que tout au long de leurs formations leurs souhaits étaient de réussir et percer dans leurs carrières respectives. Au niveau de l’Union, nous avons placé de nombreux handicapés dans les administrations et entreprises conformément à la loi obligeant les employeurs à recruter 1% du personnel parmi les personnes aux besoins spécifiques, aussi bien dans le privé que dans le public. Toutefois, ces dernières années, nous déplorons un manque de disponibilité de contrats pour les handicapés licenciés, masters et autres diplômes supérieurs, et c’est vraiment un problème auquel nous sommes confrontés», déplore Mme Larfi. Pire encore, notre interlocutrice affirme qu’aujourd’hui des handicapés qui ont travaillé sous contrat pendant 6 ans ne peuvent plus le renouveler. La loi prévoit d’octroyer des contrats aux handicapés n’ayant jamais travaillé et c’est un calvaire pour ceux qui n’ont plus ces contrats surtout les pères de familles. Elle précisera en outre que «devant cette situation de précarité, de nombreux handicapés pères de familles m’ont confié avoir des pulsions suicidaires. Ils développent ensuite des angoisses en plus de leurs handicaps. Nos députés doivent intervenir pour proposer des lois afin de préserver les contrats des handicapés au lieu de faire de la figuration dans l’hémicycle. Un petit geste pour les handicapés, ce serait trop leur demander ? Aujourd’hui, l’Union se charge de les former dans des centres pour qu’ils puissent monter des projets. Nous les réorientons dans l’espoir qu’ils puissent retravailler et nourrir leurs familles grâce aux projets CNAC ou ANSEJ». Une réorientation professionnelle pas évidente vu l’âge et l’handicap de ces personnes.
Hafidh Bessaoudi

