Le labour avec les bœufs revisité à Tikesraï

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Comme pour ressusciter les vieilles traditions ancestrales, certaines personnes n’hésitent pas à les revisiter. C’est le cas, parmi tant d’autres, de ce paysan du village Tikesraï, situé à 10 kms du chef-lieu communal d’Ahnif, qui a tenu à labourer sa glèbe avec une paire de bœufs et la charrue traditionnelle appelée en kabyle «El Maâun». Nonobstant le fait que ladite terre n’est pas située dans un endroit escarpé, ce paysan de Tikesraï a voulu seulement ressusciter cette pratique qui nous vient des temps immémoriaux. «Labourer sa terre comme jadis s’est avéré à la fois un véritable plaisir et un défi pour moi. Même si c’est vraiment dur à faire avec une paire de bœufs et une charrue pas évidente à manier, je suis vraiment comblé à la fin car j’ai tenu le pari de faire renaître cette pratique traditionnelle», a précisé ce paysan. Le labour avec une paire de bœufs n’est certes pas une sinécure car il faudrait beaucoup de force dans les bras et les jambes. Et puis, la charrue, il faut la tenir correctement de sorte à enfoncer le soc (Tagursa) dont la fonction est de découper horizontalement la bande de labour, à la profondeur de travail requise, avant de la soulever. Il faudra aussi beaucoup de patience puisque le travail de la terre est pénible. Pour retourner une surface de plusieurs hectares avec seulement une charrue traditionnelle cela prend évidemment du temps, et les sillons creusés de façon oblongue, ne se dessinent pas aussi facilement qu’on pourrait le croire. Et ce n’est qu’au terme d’efforts soutenus avec la même cadence que cela se réalise. Dans le même contexte, les bœufs sont aussi difficiles à « manier », étant donné qu’il faut toujours les inciter à tirer la charrue en les dirigeant vers la direction voulue. Parfois, ils sont « têtus » et n’obtempèrent pas. Le paysan sort dans ce cas-là son « arme », un aiguillon en fait, appelé communément «Anzel» pour « piquer » ses bœufs afin qu’ils reviennent au « droit chemin ». Par ailleurs, ces animaux domestiques portent sur leurs épaules robustes le joug, appelé en kabyle «Azaglu» (qui peut même avoir un autre sens qui est l’oppression). Cette pièce de bois imposante est reliée à une autre pièce au beau milieu, laquelle supporte à son extrémité basse le soc qui, lui, « déchire » la terre fraîchement « imbibée » des eaux des dernières pluies. Cette pratique champêtre nous renvoie au passé, car la gestuelle et les équipements « antédiluviens » utilisés sont rares à voir de nos jours. «C’est un véritable voyage dans le temps lorsque je vois un paysan labourer avec une paire de bœufs et une charrue. C’est cela notre véritable identité. Mais bon, les temps ont changé et l’homme cherche toujours à inventer et à améliorer les conditions de vie et de travail. Cependant, il est bien de rappeler cette méthode de travail de nos aïeux à qui je rends un vibrant hommage pour tous leurs sacrifices», indique un villageois de Tikesraï.

Y. Samir

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