Les habitants des régions montagneuses vivent au ralenti une bonne partie de l’hiver et du printemps. Cette année surtout, les intempéries avec un printemps particulièrement pluvieux, ont beaucoup perturbé leur mode de vie. Les pluies torrentielles, la grêle et le vent qui se succèdent sans arrêt, depuis maintenant plus de dix jours, ont généré moult désagréments à la population active. Plusieurs secteurs d’activités ont été freinés par ces intempéries. Le bâtiment est le premier à souffrir de cette situation. Même les maçons qui, d’habitude, par mauvais temps, travaillent quand même à couvert, ne se rendent pas dans leurs chantiers. « Il fait si froid qu’on ne peut pas tenir la truelle avec des mains gelées. Nous attendons que le temps soit plus clément pour reprendre le travail», nous confie un artisan, sous traitant des travaux de carrelage dans un immeuble privé, en construction. Son aide, un jeune manœuvre, se retrouve également, au «chômage technique», comme il le répète, mais sans aucune indemnité. « Chez le privé on n’est payé que les jours travaillés effectivement. Si l’on compte le nombre de jours sans paie par mois, vous verrez que, finalement, les travailleurs du bâtiment ne roulent pas sur l’or», ajoute Ali. Ces jours-ci, les cafés sont bondés de ces citoyens qui n’ont pas d’autre endroit où passer leur temps. Dehors, la circulation est réduite à quelques véhicules. De temps en temps, on voit passer quelqu’un qui court s’abriter dans un magasin, puis plus rien. Les discussions vont bon train sur le thème favori des «bienfaits de la nature» et ses possibles conséquences. On se rappelle avec appréhension, les éboulements et les inondations d’avril 1974. Même les administrations ne commencent à travailler à plein régime qu’à partir de neuf heures. Les employés, bloqués par le manque de transport ou par la neige, ont la hantise de marcher à pied sous la pluie qui vous pénètre jusqu’aux os en quelques minutes. Tout comme les «bâtisseurs», les paysans se morfondent à longueur de journée. Ils ne savent que faire de leur temps. Certains n’ont pas encore fini de récolter leurs olives alors que les arboriculteurs ont arrêté l’opération de greffage dont la suite est maintenant compromise. Les cabinets des médecins, pris d’assaut, habituellement, bien avant sept heures du matin pour s’inscrire sur la liste d’attente, sont presque vides. Même le pavillon des urgences de l’hôpital reçoit beaucoup moins de patients que durant les jours de soleil. Seuls les malades graves s’y rendent alors que les autres préfèrent attendre une éventuelle accalmie. Les commerces de la ville ne sont pas en reste. Beaucoup de rideaux sont fermés tandis que d’autres sont baissés au début de l’après midi. Les clients des superettes et des marchands de fruits et légumes se hâtent de faire leurs emplettes, durant les premières heures de la matinée et de rentrer vite chez eux. Par ailleurs, fait rarissime, les vitrines et les étals des bouchers du centre sont vides. L’un d’eux n’avait présenté que quelques merguez, dimanche matin. Interrogé sur les causes de cette situation, il nous répond qu’ «il n’est pas possible de se déplacer par un temps pareil. » Il faut dire à sa décharge, que faute d’abattoir à Aïn El Hammam, il doit aller loin, parfois jusqu’à Draa Ben Khedda, pour procéder à l’abattage de ses bêtes qu’il doit ensuite transporter jusqu’à son magasin. C’est dire que le retour du soleil est vivement souhaité.
A. O. T.
