L’extension du réseau électrique, une urgence

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Les habitants du bord de la route nationale N°71, dépendant du village de Tifra, dans la commune de Tigzirt, attendent leur branchement au réseau électrique depuis plus de 12 ans pour certains.

Ils sont des dizaines à avoir construit des demeures et à y habiter depuis des années, en recourant à la «débrouille» pour l’alimentation en électricité. Des fils électriques s’entrecroisent et s’entremêlent tels des toiles d’araignées sur des pylônes de bois tordus, dressés par ces habitants pour s’acheminer la lumière mais aussi de quoi faire fonctionner leurs appareils électroménagers. Un tour du coté du lieu dit Ighil Lethnayen, où se dressent plus d’une dizaine de maisons, suffit pour illustrer la situation. L’un des habitants, M. Mourad Ouzaied, nous explique : «Nous n’avons cessé de faire des démarches et vous voyez combien de maisons sont sans électricité. Nous avons des promesses pour ce mois de juillet, mais elles ne suffiront pas pour nous éclairer, il faut du concret. Si je suis parmi les derniers à construire ici, des voisins m’y ont précédé depuis plusieurs années et ils sont encore sans électricité». C’est aussi le problème des agriculteurs et des éleveurs, propriétaires de poulaillers et d’étables qui se rabattent sur les générateurs électriques leur générant surtout plein de dépenses en carburant et en réparations. Il en est de même pour les agriculteurs, arboriculteurs ou maraichers, qui se plaignent de l’absence de cette énergie pour actionner leurs pompes à eau, nécessaires pour l’irrigation de leurs cultures et arbres. Certains sont contraints de limiter leurs cultures en raison de ce problème. Mr. Ouzaied nous fait part de son étonnement quant au fait que les maisons situées de l’autre côté de la RN-71 sont électrifiées et eux, en face en sont privés, «Si les habitations qui sont électrifiées, en face, dépendent de la commune de Boudjima, et nous de celle de Tigzirt, je pense qu’on appartient tous à un même pays et que la route n’est pas une frontière interdite à un câble électrique», nous dira-t-il avec une pointe d’ironie. Plus en contrebas de la colline où serpente la RN-71, descendant vers Tifra, un jeune homme qui a construit au lieu dit Ighzer Medjvar et d’autres voisins se plaignent aussi de l’absence de l’électricité. Ces nouveaux habitants sont venus s’installer sur leurs terres d’héritage avec la formule d’aide à l’habitat rural, obligés de quitter la maison parentale pour cause de promiscuité. Ils construisirent sur des centaines de mètres, voire des kilomètres sur des terrains issus de partages familiaux et disent avoir espéré voir suivre les commodités et besoins élémentaires tels que la route, l’électricité et même le gaz. Tifra est un village situé à 12 Km environ au sud du chef lieu de Tigzirt dont il dépend. Il est composé d’environ 12 sous villages et quelques quartiers très éparses, crées par l’aide à l’habitat rural. Le village, jusqu’à son centre, fut électrifié par les Français en 1961. Il disposait alors de deux écoles primaires fondées, l’une en 1898 et l’autre, l’école des filles. Au milieu des années 1950, pendant la Révolution, la France installa un camp militaire au sein des écoles et deux postes avancés. L’on comprend aisément le fait que le village soit électrifié surtout pour le besoin des militaires Français. D’ailleurs, passé le centre du village, au-delà du camp principal de l’armée, la (section administrative spéciale), SAS, comme on l’appelle, et des deux postes avancés d’Azra et Taguemount, le reste du village n’a pas été raccordé au réseau. A l’indépendance, les autorités ont commencé à faire l’extension. Des années plus tard, tout le village est certes électrifié, mais, très peuplé. Les jeunes sont par conséquent obligés d’aller construire ailleurs, certains à proximité de leurs cultures, ce qui dénote un double besoin d’être électrifiés. De l’électricité qu’on attend toujours, dépendent aussi bien le bien-être des gens que les projets de beaucoup de jeunes qui désirent investir dans l’agriculture et l’élevage. Une opération d’électrification est donc plus que souhaitable pour concrétiser des rêves et projets freinés par ce seul problème de raccordement au réseau électrique et fournir à ces populations cette commodité presque vitale.

Ferhat Tizguine

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