Le col et la forêt luxuriante de Tizi-Oujaboub, sont les sites touristiques les moins connus du massif montagneux du Djurdjura. Perché à plus de 1 200 mètres d’altitude, le site de Tizi Oujaboub est à cheval entre la commune de Bounouh, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, et celle d’Ath Laâziz dans la wilaya de Bouira.
En effet, ce site paradisiaque surplombe, d’un côté, toute la plaine de Bouira, Bechloul et El-Esnam au sud du Djurdjura, et, d’un autre, celle de Boghni et des Ouadhias au nord du Djurdjura. Il tire son nom kabyle de l’altitude de son col qu’on peut apercevoir du sud comme du nord, et de la forme de la forêt qui s’aligne en hauteur du site en forme d’un tube (Ajaboub). Le site s’étend sur une superficie de 118 hectares, dont une vingtaine seulement est réservée, pour le moment, pour la création d’une zone d’expansion touristique (ZEST). Le col de Tizi-Oujaboub est beaucoup plus proche de la ville de Bouira, puisqu’ils ne sont séparés que par 10 km de route. Pour y aller, il suffit d’emprunter le CW6, à partir de la RN5 au nord de la ville de Bouira, en passant par les villages de Draâ Lakhmis et de Maâdhi. Ce chemin, récemment réfectionné et réhabilité, est en très bon état. Dans certains endroits, notamment à hauteur du village de Maâdhi, il y eût quelques glissements de terrain en 2013, mais le problème a été pris en charge par une opération de stabilisation opérée par la wilaya de Bouira en 2014. Le CW6 est bordé de fleurs précoces par endroits et il serpente en zigzag le flanc de la montagne, jusqu’au col de Tizi-Oujaboub, qui marque la limite administrative entre ces deux wilayas de Kabylie. En l’empruntant, il offre une vue panoramique splendide, particulièrement sur la ville de Bouira. à l’arrivée au col, deux plateaux s’offrent aux yeux. à droite, juste au pied du Djurdjura, un tableau rocailleux et peu verdoyant, à gauche, une forêt luxuriante et divers végétaux, dont des pins d’Alep. Abandonné et déserté par les pouvoirs publics, les touristes et les amateurs de la nature durant la décennie noire, le site renoue progressivement avec l’activité touristique, grâce notamment au rétablissement de la sécurité. Une activité qui reste, quand même, timide comparativement à d’autres sites du Djurdjura, à l’image de Tikjda, Tala Rana ou Tala Guilef. Nous sommes partis, la semaine dernière, à la rencontre de ces touristes venus visiter ce lieu de villégiature et de repos.
Le paradis à 15 minutes de Bouira…
Sur place et malgré l’absence totale de commodités, des touristes viennent faire des pique-niques, des randonnées pédestres ou des barbecues en pleine nature. Pour ces derniers, Tizi Oujaboub est un site merveilleux de repos et de détente par excellence. Il est à l’état sauvage et très peu connu, hormis des habitants des villes et villages des versants sud et nord du massif montagneux du Djurdjura. Il a, en effet, depuis quelques années, notamment après le rétablissement de la sécurité, commencé à drainer beaucoup de monde, surtout durant la saison hivernale. Des touristes, randonneurs et autres visiteurs viennent essentiellement des villes et villages limitrophes des wilayas de Bouira et Tizi-Ouzou. Certains viennent en famille ou en groupes d’amis, pour profiter de la neige, mais aussi pour se détendre, respirer l’air pur, faire du footing et pique-niquer sur la plate-forme du col ou bien, un peu plus bas, à l’ombre des majestueux pins d’Alep: «Je préfère venir ici plutôt qu’à Tikjda pour passer l’après-midi avec la famille. à Tikjda, certes, c’est aussi agréable, mais il y a du monde. Ici, on profite du calme, de l’air pur, de l’espace et de la discrétion de ce lieu. Cet endroit est, comme d’autres sites du Djurdjura, magique. Je trouve qu’il est dommage que les pouvoirs publics ne prévoient rien pour booster et encadrer l’activité touristique ici. Cela créerait du mouvement et du travail pour les jeunes de la région», dira un touriste venu en famille, de Bouira. Et d’enchainer : «Tizi Oujaboub est si clame et accueillante que je reviens souvent. J’ai découvert dernièrement ce site via des photos publiées sur des pages Facebook. Je l’ai visité avec ma petite famille pendant l’hiver, où il y avait de la neige, et depuis, je reviens régulièrement, surtout les week-ends et durant les vacances scolaires. L’endroit est très sécurisé, il est même couvert par le réseau téléphonique et on y trouve facilement une place pour stationner, contrairement à Tikjda».
Randonnées, bivouac, parapente et pique-nique : le tourisme de montagne renait peu à peu de ses cendres
En attendant une véritable valorisation, notamment à travers l’implantation de projets d’investissements touristiques, l’endroit est animé. Il est «envahi», surtout les week-ends, par les citoyens de la ville de Bouira, ainsi que ceux des nombreux villages d’Ath Laâziz. Même s’il n’offre actuellement aucun service, beaucoup d’habitants de Bouira et des villages limitrophes ont quelque peu «délaissé» Tikjda au profit de Tizi Oujaboub : «Nous préférons venir ici pour se reposer et savourer ces paysages époustouflants, dans pratiquement toutes les directions. Au nord et au nord-ouest, on admire une multitude de villes et villages des daïras de Draâ El-Mizan, de Boghni et des Ouadhias. De l’autre versant, au sud, on brasse du regard les villes et villages de Bouira, Haïzer, Bechloul, El Asnam, jusqu’à Sour El-Ghozlane et au col de Dirah», dira un jeune venu de Bouira avec un groupe d’amis. Et d’ajouter : «Fort heureusement que Tizi Oujaboub n’est pas encore repérée par les groupes de touristes des autres wilayas, qui effectuent tout le temps des escapades vers Tikjda. Les lieux sont plus propres et la nature mieux préservée qu’à Tikjda. Au fond, je dirais que tant mieux que ce site ne soit pas encore connu», a-t-il ajouté, d’un ton ironique. Un peu plus loin, aux abords de la route, des jeunes dressaient leurs tentes autour d’un feu. Ces derniers nous dirons qu’ils préparaient un bivouac : «Nous sommes venus d’Ath Laâziz pour passer une nuit à la belle étoile ici. C’est la deuxième fois cette année. Le climat n’est pas trop rude, et nous pouvons passer la nuit à l’intérieur des tentes», explique l’un des jeunes. Selon notre interlocuteur, des randonnées pédestres sont régulièrement organisées sur plusieurs sites au cœur du Djurdjura : «Après le retour de la sécurité, les gens réinvestissent de plus en plus ces lieux. Des groupes de jeunes de la région s’organisent et se forment en guides touristiques pour accompagner les randonneurs désirant visiter les lieux. Ce sont de petites distances certes, mais c’est quand même une bonne expérience et une découverte pour les touristes».
Le site accueillera le championnat national de parapente du 3 au 6 mai 2018
En plus des randonnées et des bivouacs, le site de Tizi Oujaboub abrite des compétitions de parapente. Une discipline méconnue en Algérie, mais qui attire de plus en plus de passionnés de sensations fortes et de paysages panoramiques. En effet, plusieurs clubs sportifs de parapente viennent notamment de Bouira, d’Alger, de Blida et de Tizi-Ouzou, pour pratiquer leur sport sur ce site, considéré comme une véritable zone «balcon» par les spécialistes du parapente. En plus des exercices et des sauts des deux côtés (Bouira et Boghni), ces clubs proposent des sauts au grand public, particulièrement lors des journées où la météo est stable, car cette discipline délicate répond à de nombreux paramètres et conditions. Ce jour-là lors de notre passage sur les lieux (la semaine passée ndlr), il n’y eût malheureusement aucune exhibition, sans doute à cause des vents relativement forts qu’il y avait. L’on apprendra que plusieurs exhibitions ouvertes au public seront programmées à la fin de ce mois d’avril et au début du mois prochain. Les amateurs de sensations fortes et de vols planés pourront y participer. Comme à chaque fois, ces exhibitions seront encadrées et des mesures strictes de sécurité seront prises par les spécialités de ce sport. D’ailleurs, quelques jours après notre visite, l’on apprendra que le club de parapente «Numidia» de Bouira, compte organiser sur ce site, la deuxième édition du Championnat national de parapente. Un événement qui se déroulera du 3 au 6 mai prochain, et qui verra la participation de plus de 300 spécialistes issus de 40 clubs sportifs. Cet événement sera organisé sous l’égide de la fédération nationale de parapente, avec l’implication de la Protection civile de Bouira.
Protection de l’environnement et promotion du site : Le mouvement associatif s’implique
Sur le chemin du retour, nous avons croisé des jeunes bénévoles près d’une fontaine, d’où l’eau coulait à flot. Vêtus de gilets verts et de gants de protection, ces jeunes membres d’une association du village de Draâ Lakhmis, dans la commune de Bouira, menaient une campagne de nettoyage des abords du CW6, et aussi d’entretien de cette fontaine. Pour ces jeunes bénévoles, dont l’âge varie entre 16 et 25 ans, il s’agit d’une action pour la protection de l’environnement du site, mais aussi pour faire découvrir aux Algériens la beauté de ces paysages, en publiant régulièrement des photos et des vidéos sur les réseaux sociaux. «Depuis le retour des touristes dans la région, nous nous sommes engagés dans des campagnes de nettoyage et d’entretien. L’eau de cette fontaine coule même durant la saison estivale. En veillant à la propreté des lieux, nous essayons de sensibiliser les visiteurs sur la protection de l’environnement. Nous avons notamment installé des petites poubelles pour les ordures et attiré l’attention des visiteurs en placardant des affiches près de la forêt. à la fin de la journée, les sacs poubelles sont ramassés par un autre groupe de bénévoles et acheminés vers une décharge», explique Yazid, un étudiant à l’université de Bouira, membre de l’association de Draâ Lakhmis. Ce dernier s’est montré très optimiste quant à l’avenir du tourisme à Tizi Oujaboub : «Si les pouvoirs publics se penchent sérieusement sur la promotion de ce site, notamment en réalisant quelques petites auberges, des restaurants, des aires de jeux et d’autres équipements, le site pourrait beaucoup rapporter pour la région. Même une piste de ski peut être aménagée sur les hauteurs du site. Pour notre part, nous faisons de notre mieux pour la promotion de cette destination, notamment via les réseaux sociaux. Beaucoup de touristes visitent le site, mais ils sont à chaque fois peinés de constater l’absence des commodités et des services», a-t-il déploré.
Oussama Khitouche

