«24 ans d’enseignement de Tamazight : bilan et perspectives» est le thème d’un colloque national de deux jours qu’a organisé, hier et avant-hier, l’APC de Béjaïa, au niveau de la Maison de la culture Taos Amrouche.
La manifestation est mise en place en collaboration avec le Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), et sous le parrainage du Centre national de recherche en langue et culture amazighes (CNRLCA) du campus d’Aboudaou de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa. Ce colloque scientifique se veut, selon Z. Yacine, un des organisateurs de cette rencontre nationale et enseignant de tamazight, «une halte pour mettre toute la lumière sur les problèmes que vit l’enseignement de la langue amazighe, après presque un quart de siècle de l’introduction de son enseignement dans l’école algérienne». Pour atteindre cet objectif, une pléiade d’experts, entre enseignants universitaires, inspecteurs et praticiens, animeront des conférences-débats dans le but d’évaluer le travail fait jusque-là d’identifier les lacunes et problèmes rencontrés, qui freinent sur le terrain l’évolution de l’enseignement de tamazight et, éventuellement, de proposer des solutions salutaires pour apporter des changements positifs. Les communications programmées durant ces deux jours porteront sur deux axes principaux, à savoir, «Tamazight à l’école» et «Tamazight partout et pour tous». L’entame de ce colloque a été faite par C. Bilek, directrice de l’Enseignement au HCA, qui présenta un état des lieux sur l’enseignement de Tamazight. Beaucoup de choses ont été réalisées, depuis 1995, année de l’introduction de Tamazight à l’école, après «La grève du cartable» qui avait duré un an. A cette époque, quelques écoles seulement avaient ouvert des classes, notamment en Kabylie et dans les Aurès. Actuellement, l’enseignement de Tamazight est présent dans 37 wilayas et à travers les trois paliers (primaire, moyen et secondaire). Selon le HCA, pas moins de 6 00 000 apprenants de Tamazight ont été enregistrés durant l’année scolaire 2017. Un travail énorme a été également accompli dans l’unification du lexique en Tamazight grâce aux multiples rencontres scientifiques et études initiées et organisées par le HCA sur l’enseignement de Tamazight. Mais, pour que cette langue trouve la place qui lui sied, après sa consécration en tant que langue officielle dans la Constitution de février 2016, «un pont doit être construit entre le département de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur». Une autre conférence, animée par Ikhloufi Djamel, inspecteur du moyen à Béjaïa, a porté sur le thème «Enseignement de Tamazight en Algérie : ambitions face aux problèmes de législation». L’un des freins ralentissant la généralisation et la progression de Tamazight est, incontestablement, son caractère facultatif. Tant que l’enseignement de cette langue ne requiert pas un caractère obligatoire, les élèves et leurs parents, notamment dans les régions arabophones, trouveront des excuses pour la bouder. En outre, ce statut facultatif de Tamazight la rive au bas de l’échelle des matières de l’école algérienne et met ses enseignants dans une inconfortable posture. De ce fait, seule une législation rendant obligatoire la généralisation de l’enseignement de cette langue, serait à même d’être en accord avec la Constitution de 2016 consacrant Tamazight langue officielle.
B. S.

