Les événements qui se sont déroulés en Kabylie ne finissent pas d’influer sur le paysage politique local et, par extension, au niveau national. Nous assistons à un lifting important de la scène politique, induit par le Printemps noir. Les partis traditionnellement bien implantés dans la région voient leur influence réduite comme une peau de chagrin, et ceux — comme le FLN — jadis indésirables ont surpris plus d’un par les scores obtenus durant les dernières partielles et les sénatoriales. Les premiers cités font mine d’ignorer leur perte de vitesse, et s’entêtent à adopter la fuite en avant et le mensonge par omission comme stratégie politique. Les seconds, enhardis par les résultats réalisés, s’arrêtent à ces chiffres et évitent des analyses en profondeur qui démontreraient leur statut précaire et fragile. L’électorat qui a massivement boudé les urnes durant les partielles où l’on n’a enregistré que 30% de votants, semble attendre une voie nouvelle apte à briser le cercle vicieux de la politique-spectacle et électoraliste. Dans tout ce magma, le Mouvement citoyen qui a géré, quasi seul, la Kabylie durant les événements, se retrouve à la croisée des chemins. Structure née dans l’urgence et le feu de l’action, les archs ont été happés par la gestion de la rue.Aujourd’hui que les barricades ont été rangées, et que les pneus ne brûlent plus, les délégués se retrouvent avec un capital-lutte considérable face à une situation autre que celle durant laquelle ils ont crée leur mouvement, et savent désormais que les moyens de lutte doivent être réactualisés et repensés.Que va devenir le Mouvement citoyen ? Quelles seront ses missions pour l’avenir ? Avec quel statut juridique ? Autant de questions que se posent les délégués et les citoyens.En donnant leur quitus aux partielles, les délégués ont en quelque sorte permis à la Kabylie de se doter de représentants élus et par conséquent le Mouvement citoyen a perdu sa qualité de porte-parole. Néanmoin s’il l’a perdue sur le plan politique dans les assemblées locales, il compte la garder au sein de la société. Mais alors, se pose la question de la relation entre les archs, les assemblées élues et les pouvoirs publics. Cette équation ne peut être résolue que si le Mouvement citoyen se réforme et se dote d’une place dans cet échiquier. La Kabylie, qui a besoin de tous ses enfants pour la reconstruire, ne peut faire l’impasse sur ceux qui ont su lui éviter le pire.
Chérif Amayas
