Refaite, la route nationale n°33, qui relie Bouira à Tizi N’Kouilal en faisant ainsi la jonction avec la RN 30, offre un confort certains pour les automobilistes et les touristes qui sont nombreux à se rendre sur les hauteurs du Djurdjura, du côté de Tikjda. Ainsi, durant ces vacances scolaires printanières et autres fins de semaines, des centaines de citoyens programment des randonnées pour leurs familles. Néanmoins, pour ceux qui veulent faire profiter les leurs d’un grand circuit touristique, à savoir joindre à partir de Tizi Ouzou ou d’une autre localité de cette wilaya la ville de Bouira ou transiter simplement par Lalla Khadidja pour aller vers le sud ou l’est, la surprise est douloureuse. En effet, la neige bloque toujours un tronçon de cinq cents mètres environ, à un km du col Tizi N’Kouilal. Pourtant, nous l’avons constaté ce samedi, la route avait fait l’objet d’un déblaiement sur les hauteurs où, dans certaines crevasses, la neige atteint plus de deux mètres, ce qui donne l’impression aux usagers de frôler un iceberg qui fond sous les roues. Il n’en demeure pas moins, donc, que cette méprise serait due aux limites territoriales des wilayas de Bouira et Tizi Ouzou, dont les entreprises de voiries respectives se renvoient la balle tout en pénalisant ces centaines de touristes alors que les responsables du Parc national du Djurdjura devraient s’inquiéter en haut lieu. « J’arrive droit de Laghouat ! », nous confie ce citoyen qui a embarqué toute sa famille et qui compte, par ce raccourci, rejoindre non seulement Azazga au plus vite mais pour profiter de ces beaux paysages enneigés. Très déçu, il sort quand même son caméscope pour filmer sa famille dans une ambiance bon enfant. Pour lui montrer que nous connaissions aussi sa belle oasis, nous lui déclarâmes que nous avions bien eu l’intention d’y séjourner ne serait-ce que pour deux ou trois jours, simplement pour y goûter de leur fameux terfas (les truffes). Sans hésiter une seconde, notre nouveau camarade ouvre le coffre de sa voiture et, tout en jurant, nous offre plus d’un kg de ce légume hors du commun, mais nous ne pouvions accepter. A la limite donc de cette frontière, de part et d’autre, des véhicules ne cessent d’arriver et les occupants choisissent un coin pour se garer et pique-niquer. « Tiens, j’ai vu cette scène à la télévision lorsqu’on nous montre les citoyens syriens chassés au Golan ; ils viennent aux nouvelles limites pour crier afin de se faire entendre des leurs, restés de l’autre côté ». Plus près de nous encore, ce citoyen venu d’Alger montre du doigt à ses deux filles adolescentes, la « main du Juif », puis Tizi N’Kouilal. « Vous voyez le chemin qui descend, voilà justement, il y a une voiture qui passe, eh bien c’est à cet endroit qu’est mort Mokrane, le héros du roman de Mouloud Mammeri dans « La Colline oubliée ». J’ai bien pensé vous y emmener pour voir de plus près », leur raconte ce père qui est enseignant mais qui rougit en croisant notre regard, pensant sans doute que nous le prenions pour un fou. Pour lui montrer qu’il n’en était pas un, nous enchaînâmes le récit avec la douloureuse ascension de Mokrane vers le col à partir de la gare de Maillot, en passant par Saharidj, Ighil Hammad, Tala Rana et avant d’atteindre ce col d’où il n’a pas pu voir, pour la dernière fois, Tasgâ. Des voitures immatriculées de 1 à 47 ne cessent de rejoindre les cimes enneigées en passant par le nouveau terrain d’entraînement des équipes nationales, à Aswel.
Essaïd N’Aït Kaci
