“Nous sommes certes des squatters mais il ne dépend que de la CNEP pour régulariser notre situation. Nous l’avons interpellée et saisie à maintes reprises et tenté le rapprochement. Que cet organisme consente l’effort de nous concéder “nos logements” à un prix raisonnable tel que fixé initialement (780 000 DA le F3) et sur plusieurs échéances, versement des 20% cash. “Nous avons toujours émis à la CNEP et à toutes les instances susceptibles d’arbitrage, notre souhait de la prise en considération de notre qualité de démunis, de journaliers pour la plupart et de chômeurs pour certains”. Ainsi, nous a déclaré Salhi Madjid, président du comité de la cité 276 Logements, connue sous l’appellation de “cité Zedma” et dont environ 220 logements sont squattés.Un comité a été créé justement dans le but de parvenir à un terrain d’entente pour l’acquisition des logements. “Qui n’ont de logements que le nom,car étant dans un état de délabrement avancé”, a ajouté un autre membre du comité, M. Benbouchrit Hafid.La cité est constituée de 14 blocs. Domiciliée au lotissement Aït Saïd, elle est, selon le comité en question, bâtie sur un terrain risqué car abritant une nappe d’eau souterraine. “Il faut vraiment être dans le besoin pour y demeurer”, disent amèrement les habitants. “Ecoutez ce bruit quand on y tape rien qu’avec le poing. C’est du toc : il n’y a rien dedans. Cela ne pourrait résister à d’autres secousses telluriques”, dit un membre du comité dans un CD accompagnant les réclamations. Et ces fils dénudés ! Le raccordement d’un bloc à un autre est sans attache… Les logements ont fait l’objet de vols et saccages tant en boiserie qu’en plomberie et autres installations. Certains blocs sont dépourvus d’accès. Il tendit la main et, sans aucun effort, arracha un morceau de “béton” d’un balcon. Sur ce balcon, des enfants en nuée, regardent, curieux tout en ignorant sûrement le danger qui les guettait.“Et la CNEP est vendeuse de ces constructions lamentables à un prix exorbitant : presque 140 millions de centimes le F3”, déclarent outrés nos interlocuteurs. “Nous sommes d’ailleurs fortement étonnés de les découvrir propriété de la CNEP. A notre connaissance, il s’agit d’un don de la Croix-Rouge suisse, après le séisme de 1980. Des logements pareils ont été distribués sur le territoire national dans un cadre social. Ceux-ci resteront, durant plus d’une décennie, des nids aux pigeons et de lieu de débauche. Est-il logique de laisser des logements inhabités pendant longtemps, alors que des citoyens ont un besoin vital ? Quand on les a squattés en 2001, en juin au plus fort de la révolte du Printemps noir, ils n’étaient achevés qu’à 70% et livrés à eux-mêmes. C’était un projet social. Et ils doivent être cédés à ce titre”, enchaîne M. Salhi Madjid.Aussi, nous explique-t-il, il y a 2 ans, la CNEP avait entamé l’attribution de décisions d’acquisition individuelle pour de nouveaux occupants. Chose à laquelle, ils se seraient opposés et auraient revendiqué l’achat selon le procédé de vente souhaité et proposé. “Nous sommes prêts à verser 10% d’abord, en 2 tranches si possible, puis le reste du montant échelonné sur des échéances. Que la CNEP n’oublie pas que nous avons engagé des réparations ayant généré beaucoup de dépenses”, ajoutent M. Salhi, Megdoud Slimane et Brahmi Omar, précisant être heurtés à un problème de taille : l’absence de justificatifs de revenus et d’attestations de salaires. “On nous exige ces pièces que nous ne pouvons remettre car ne les possédant pas, vu nos statuts de sans travail. Ce qui, selon la CNEP, ne nous permet pas de souscrire aux crédits hypothécaires”, ils poursuivent accablés : “Pour une cité abandonnée durant plus de 10 ans, qu’ils ont occupée 3 ans, sans qu’il y ait signe de quelque instance, on se met brusquement à les harceler”. “Et, même alors que des constructions individuelles se sont implantées entre les bâtiments, il n’y eut point de réactions…”, termine-t-on.Comme dernière nouvelle, certains de ces occupants qui se sont faits établir un constat d’occupation (pour parer aux attributions de décisions d’acquisition à de nouveaux occupants, acheteurs) viennent d’être sommés, par l’huissier de la CNEP, du prix de cession ou d’évacuation des appartements occupés. Quel sort sera-t-il réservé aux indus occupants ? Les pouvoirs publics les délogeront-ils par la force ? La CNEP leur vendra-t-elle au prix proposé avec échéances et engagements. Les squatters envisagent toutes les possibilités, sauf celle de quitter “leurs” logements. “Quitte à mourir”, nous dira l’un d’eux.
Taos Yettou
