Suite aux pratiques régulières de rétention des cartes Chifa des assurés sociaux par certaines officines pharmaceutiques conventionnées avec la CNAS, cette institution a décidé de lancer une vaste campagne de sensibilisation auprès des assurés, des médecins et surtout des pharmaciens. C’est ce qu’a indiqué M. Mohamed Redha Abdelli, directeur de la CNAS de Bouira, hier matin, en annonçant des journées portes-ouvertes qui débuteront aujourd’hui mardi 17 juillet jusqu’au 26 du mois en cours. L’objectif de ces journées est de sensibiliser, notamment les assurés sociaux, mais également les 176 pharmacies conventionnées avec la CNAS au niveau de la wilaya de Bouira en plus de 16 médecins conventionnés, dont quatre spécialistes, ainsi que sept transporteurs sanitaires évacuant les assurés vers des cliniques conventionnées. Des partenaires qui travaillent en permanence avec la carte Chifa des assurés sociaux. «La pratique de rétention des cartes Chifa est non-réglementaire car strictement personnelle et en aucun cas on ne doit la laisser chez le partenaire conventionné quelle que soit la raison, car cela permet des cas de fraude. Il faut savoir que la rétention de la carte Chifa est une véritable opportunité pour une fraude caractérisée. L’objectif de cette campagne se scinde en deux volets avec la sensibilisation des assurés et les officines pharmaceutiques. Il faut impérativement que les pharmaciens ne retiennent plus les cartes Chifa à leur niveau, quel que soit le motif et nous devons rappeler les officines pharmaceutiques conventionnées de l’absolu nécessité d’abandonner cette pratique contraire aux règles conventionnelles et incompatible à l’esprit professionnel», révèle M. Abdelli. Pour ce dernier, il est plus que nécessaire de sensibiliser les assurés sociaux sur l’importance et le caractère personnel que revêt la carte Chifa, dont l’utilisation par des tiers entraine leur propre responsabilité. «Par ailleurs, nous devons amener les assurés sociaux à une utilisation rationnelle, judicieuse et conforme de leur carte Chifa, tout en s’interdisant de la confier quel que soit le motif ou la raison à une tierce personne. À ce sujet, je peux vous affirmer que beaucoup de cartes ont été suspendues au cours de l’année 2017», indique le directeur de la CNAS de Bouira. À propos de l’abus de l’utilisation de la carte Chifa, on apprendra que des assurés, notamment les malades chroniques, l’utilisent pour acheter deux fois le médicament ou alors avant l’expiration du délai du traitement qui est généralement de trois mois au maximum ou lorsque ces patients vont voir leur médecin traitant pour une autre prescription. «À notre niveau et dans le cadre du contrôle a posteriori, le système nous alerte. En 2017, nous avons recensé 13 656 rejets administratif et médical. Sur ce chiffre, nous avons eu 11 988 assurés qui ont préféré rembourser leurs dettes suite à ces rejets concernant certains médicaments et cela à l’amiable sans recourir aux procédures de recours qui leur est possible, car sachant pertinemment qu’ils avaient failli. Pour les 1 668 assurés restants, ils sont frappés par la suspension temporaire de leurs cartes Chifa, le temps qu’ils puissent régulariser leurs situations. Il ne s’agit pas d’une suspension définitive. Nous leur proposons en fonction de leurs revenus, un calendrier et un échéancier pour qu’ils puissent rembourser leurs dettes. Il faut dire que 90% des assurés frappés par un rejet administratif ou médical sont conscients d’avoir abusé de la carte Chifa et ne contredisent pas la décision de la CNAS», explique M. Abdelli. Et d’ajouter : «Au cours de l’année 2018, la CNAS de Bouira a dressé quatre mises en demeure à des pharmaciens conventionnés qui ont participé à l’abus de l’utilisation de la carte Chifa. Si nous les surprenons à nouveau, nous irons à la résiliation de la convention qui nous lie avec eux. Avec ce chiffre minime de quatre pharmaciens sanctionnés sur les 176 officines conventionnées recensées à travers la wilaya, on peut dire que ce sont des erreurs qui se sont glissées sans pour autant les considérer comme des fraudeurs. Toutefois, s’agissant de l’utilisation irrationnelle et abusive de la carte Chifa, nous avons enregistré un chiffre faramineux qui s’élève à 8.770 229,72 DA uniquement pour la CNAS de Bouira. Un montant que nous allons récupérer en veillant à ce que de tels agissements ne se reproduisent plus». Le premier responsable de la CNAS de Bouira souligne, par ailleurs, que ses services s’attèlent à une campagne de sensibilisation auprès des médecins, avec la collaboration de la DSP, pour permettre de rationnaliser la prescription et inciter les praticiens de la santé à prescrire des médicaments génériques afin de réduire les dépenses de la CNAS.
Hafidh Bessaoudi
