“Pourquoi voulez-vous que ça marche ?”

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Par Anouar Rouchi

– Allô ?- Allô ! Monsieur Guidoum ?- Lui-même. A qui ai-je l’honneur ?- Je me nomme Djamel et on me surnomme “l’horloger”. Je suis reporter au périodique “Le Midi à 14 heures”. Je pensais que votre service de communication vous en avait parlé…- Mon service de communication ? Je n’en ai pas, cher monsieur. Moi, je suis un ministre qui fait attention aux deniers publics. Je communique tout seul.- Ça ne me surprend guère, Monsieur le ministre. Vous avez en effet la réputation d’être original…- Original, je ne sais pas. Mais je suis patriote. Mortellement patriote ! J’adore faire des économies, pour faire faire des économies à mon pays.- C’est sans doute pour cela que vous renvoyez plein de responsables…- Responsables, mon œil ! Ce sont des directeurs, des cadres, qui se la coulent douce et qui sont grassement payés à ne rien faire. Pire ! Ils font des vilenies.- Vous n’allez tout de même pas diriger un ministère fantôme ?- Jeune homme ! Ce n’est pas la première fois que je suis ministre. Sachez qu’avec un secrétariat “shih”, une standardiste “rsas” et une escorte efficace, on fait de miracles. Bien sûr, il faut un planton irascible…- Mais Monsieur le ministre…. De quels miracles parlez-vous ? L’équipe nationale de football a été éliminée de la Coupe du monde et, pire, de la Coupe d’Afrique des nations. Le Gabon, inconnu dans la planète football nous a humilié à Annaba…- Ça, c’est vrai.- L’USMA vient d’être sortie de la Champion’s league africaine et l’ASO Chlef de la Coupe de la CAF. Ce sont pourtant des clubs qui jouent les premiers rôles dans le championnat national…- Ça, c’est vrai aussi…- Et ça ne vous interpelle pas, monsieur le ministre ? – Ecoutez, jeune homme : Je ne vous coupe pas au nez parce que vous me paraissez sympathique. Mais je ne continue à discourir avec vous qu’à une condition…- C’est laquelle, monsieur le ministre ?- Qu’on inverse les rôles !- C’est-à-dire ?- Que ce soit moi qui pose les questions…- A Dieu vat !- Alors, première question : est-ce que le pays va bien ?- Euh…- Est-ce que l’économie va bien ?- Euh… je pense que non.- Est-ce que la coalition présidentielle fonctionne bien ?- Non.- Est-ce que l’éducation nationale va bien ?- Non.- Est-ce que la situation sociale est bonne ?- Non.- Est-ce qu’en matière de santé les citoyens sont contents ?- Non.- Est-ce que notre justice est parfaite ?- Non.- Est-ce que la classe politique vous satisfait ?- Non.- Est-ce que notre — dois-je dire votre — presse est à la hauteur ?- Non.- Alors, pourquoi voulez-vous que ça marche chez moi ?- Vous me laissez sans voix, monsieur le ministre. Merci beaucoup.

A. R.

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