Dans un film célèbre, Charlie Chaplin et un compère, emprisonnés par la neige dans une cabane, perdue dans la montagne, meurent de faim : dans leur délire, chacun voit l’autre se transformer en…poulet rôti ! Poulet bien dodu, à la peau croustillante, dégageant un fumet savoureux ! C’est que le poulet rôti est un mets très apprécié et que longtemps il a représenté le luxe et l’aisance. Dans l’Algérie profonde, où le poulet est surtout mangé cuit en sauce, c’est un signe de citadinité et, bien sûr, de luxe aussi ! Comme pour Charlot, le poulet va-t-il devenir, pour nous un rêve inaccessible ? Déjà, le prix du volatile, naguère bradé sur les marchés, peur de la fièvre aviaire oblige, à 70 dinars, a grimpé jusqu’à 200 dinars, et l’escalade va se poursuivre certainement, devant le nombre d’éleveurs qui, quotidiennement ferment boutique ! Et la situation n’est pas propre à l’Algérie puisque dans le monde aussi, la peur du terrible virus a fait chuter la vente et la production du poulet. Finalement, en dépit des assurances données par les différents gouvernements, en dépit des contrôles effectués, les consommateurs boudent le poulet. Il y a de la méfiance mais aussi cette peur atavique de l’homme pour les épidémies qui, comme la peste dans le passé, ont tué des millions de personnes. Des épidémies –ou comme on dit, dans le cas des animaux, des épizooties — ont peut-être aussi exterminé, dans le passé, des espèces animales. Espérons que le poulet ne fera pas partie des disparues…
S. Aït Larba
