“La pêche en haute mer, c’est l’avenir”

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Mourad Djabali, directeur de la pêche, sous des airs de fausse nonchalance, se lâche complètement dès lors qu’il s’agit de deviser de son métier, un métier qu’il connaît comme sa poche.Ensemble, nous avons fait le tour des questions liées au poisson dans la wilaya de Béjaïa.La Dépêche de Kabylie : Comment se porte, de votre point de vue, le secteur de la pêche et des ressources halieutiques à Béjaïa ?ll Mourad Djabali : Mal, car Béjaïa souffre d’un manque criant d’infrastructures. Seulement, il est en pleine évolution. Après une première phase achevée en 2005 et qui a consisté essentiellement en la réalisation de trois appontements, nous avons attaqué la deuxième qui se veut plus ambitieuse et plus importante. Pour compléter les équipements d’un port de pêche digne de ce nom, une seule solution s’était offerte à nous : réaliser un terre-plein de 1,5 ha, gagné directement sur la mer, pour abriter les infrastructures annexes : halle de vente en gros, centre de contrôle, cases pêcheurs, zone de réparation, cale de halage, chambres froides, fabrique de glace… Cette opération ne saurait être complète si elle ne se fait accompagner de la formation des hommes et du renouvellement de la flottille. La formation des gens de métier se fait à l’Ecole maritime et au niveau des deux CFPA de Béjaïa et Melbou. La maîtrise des techniques modernes est la condition “sine qua non” pour en finir avec la pêche traditionnelle et entrer de plain-pied dans la performance. Le dernier volet du tryptique est le renouvellement de la flotte vieillotte. Nous sommes en train de la rajeunir par l’apport d’unités dernier cri.L’investissement en dehors du chef-lieu fait-il partie de votre stratégie à court terme ?ll Affirmatif ! Pour 2006, nous avons inscrit le port de plaisance et de pêche de 150 unités à Tala Yilef et un abri de pêche à Béni Ksila avec 80 unités. Par ailleurs, deux plages d’échouage sont prévues à Béni Ksila et Melbou. Dans le cadre de la relance économique, nous avons réalisé 30 sardiniers, un chalutier flambant neuf et 20 petits métiers. Au chapitre prévisions, plusieurs projets sont en phase de réalisation : une ferme aquacole, une conserverie de thon à Oued Ghir, une fabrique de glace…Les prises à l’heure actuelle sont dérisoires, convenez avec nous ! Les prix excessifs sont dus à la rareté du poisson. Etes-vous d’accord ?ll Nous tournons autour de 3 000 t/an. C’est peu, très peu. Le stock pêchable lui, est de 10 000 tonnes au moins. Ce poisson est disponible. Cela dit, ce n’est pas aussi facile qu’on le pense car il faut le chercher vu que les zones traditionnelles de pêche se sont déplacées. Il faut sans cesse fouiller, chercher, sonder et tout cela requiert des techniques modernes que nous ne maîtrisons pas pour le moment. C’est là tout l’intérêt de la formation.Que pensez-vous de l’option pêche “hauturière” ?A partir de 2006, les chalutiers que nous achèterons devront faire 25 m et plus, donc équipés pour la pêche en haute mer de poisson blanc. La pêche côtière, pratiquée depuis des siècles, est saturée et est le fait de bricoleurs. Nous poussons les gens à investir dans la pêche en haute mer. Nos voisins le font, pourquoi pas nous !Les petits poissons, ceux n’ayant pas atteint la taille tolérée, se vendent à l’étalage. Que faites-vous pour endiguer ce fléau ?La loi tolère 20% de poissons qui n’ont pas atteint la taille marchande. Ce quota, respecté est plutôt une bonne chose pour le maintien des prix. Sans cet apport, les prix atteindraient les sommets. Permettez-moi en guise de conclusion de dire qu’avec tout ce que nous sommes en train de faire, d’entreprendre et l’engouement des gens à investir dans le secteur, nous ne pouvons qu’être optimistes pour l’avenir. Seulement, les résultats ne sont envisageables qu’à terme.

Entretien réalisé par M. R.

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