Du haut de ses 95 ans, Rabah Akkouche, dit Rabah Lekbayli, grand moudjahid de la région est de Boumerdès, se souvient de tout et des moindres détails de la révolution Algérienne. Il a accepté de nous recevoir dans son modeste domicile familial sis au village Omar au sud de Bordj Menaïel à l’est de Boumerdès où il nous a raconté son parcours de combattant. Il naquit un certain 10 novembre 1923 au village Idjelouahen sur les hauteurs de la commune de Bordj Menaïel dans une famille modeste et pauvre. Il commença son militantisme à l’âge de 16 ans où il récoltait des fonds auprès de la population pour les révolutionnaires. Son père était très inquiet pour lui. Mais quelques années plus tard, il réussit à intégrer le front en intégrant le Parti Populaire Algérien qu’il quitta rapidement. En 1944, Rabah Akkouche quitta la région de Bordj Menaïel pour se diriger vers l’Algérois, plus exactement à Ain Taya où il a connu Fertas Mohamed, l’un des hommes politiques de la région. Ce dernier l’intégra aux travailleurs du port d’Alger et ce, dans le but de subtiliser des armes à feu. Deux mois plus tard après son introduction au port, Ami Rabah a réussi avec ses camarades d’armes à voler 15 kalachnikovs aux Américains qui s’apprêtaient à embarquer en Normandie pour libérer la France des mains des Allemands. «Nous nous sommes fait passer pour une troupe folklorique et de danse et nous avons organisé une soirée le jour de week-end à l’intérieur du bar des alliés. Ces derniers étaient tous ivres. Nous avons profité l’occasion pour voler 15 kalachnikovs que nous avons remises à la direction politique pour préparer la révolution», raconte Ami Rabah. En 1947, il rejoint l’organisation spéciale. Le 15 décembre de la même année, il fut arrêté par l’armée française lorsqu’il visitait ses parents à Idjelouahen. Il fut emprisonné pour son engagement et son militantisme et libéré six mois plus tard. Il a été contraint de quitter Bordj Menaïel avec sa famille pour vivre à El Harrach. «Je me souviens que c’était Ben Chater qui m’a aidé à trouver un domicile pour moi et ma famille», se souvient-il avant de poursuivre, «mais j’ai quitté encore El Harrach trois ans après, en raison de la pression exercée par l’armée et la police française contre les militants Algériens». Les préparations à la révolution étaient très difficiles. Mais, les militants étaient conscients qu’elle éclatera un jour car tous les ingrédients étaient là. Les évènements de 1945 sont un tournant décisif et important dans l’histoire moderne de l’Algérie. Ils ont encadré au mieux les militants et recadré d’autres qui voulaient l’indépendance par des moyens politiques. L’internationalisation de la question Algérienne était un objectif primordial pour les militants de la révolution. Le seul moyen était alors de déclencher la guerre à l’ennemi un certain 1er novembre 1954. Un an après le déclenchement de la guerre de libération, Ami Rabah rejoint le maquis après avoir quitté Blida où il organisait les rangs. Il rejoint alors ses frères d’armes au niveau des maquis de Sidi Ali Bounab, Idjelouhen et Voumessra avant d’étendre le feu aux régions est de la wilaya 4 notamment à Palestro. En mars 1955, il participa à une embuscade près de Chender, entre Bordj Menaïel et Laaziv où ils ont perdu un élément. Durant le même mois, des embuscades contre l’armée coloniale furent organisées à Timezrit, Sidi Ali Bounab, Vachet, Issers et bastos. Ils perdirent alors près de cinq éléments mais ne s’arrêtent pas, car en 1956 ils mènent l’assaut contre un camp militaire au village Voumessera sur les hauteurs de Bordj Menaïel où 7 de ses compagnons furent tués par les soldats français. Ami Rabah dit ne pas oublier ce jour là. «D’ailleurs je mène actuellement un autre combat contre l’oubli. J’ai demandé aux autorités locales d’inscrire un projet d’une stèle à la mémoire des martyrs de Voumessera, mais en vain». Quatre jours après l’assaut de Voumerssera, Ami Rabah fut encerclé avec ses camarades par des soldats du colonialisme à Igassithen. Ils ont perdu dix hommes ce jour-là. L’armée coloniale avait déployé d’importants moyens humains et matériels pour les anéantir. A partir du mois du mai 1957, Ami Rabah lance l’offensive sur la wilaya 4 qui manquait alors d’organisation sur le terrain. «Les populations lointaines de cette wilaya ne savaient pas ce qui se passait. L’information et l’encadrement de la révolution manquaient dans la région, c’est après notre arrivée que les choses commencèrent à paraitre et les rangs à se resserrer par de nouvelles recrues dans nos rangs», nous dira-t-il. Près d’une cinquantaine de moudjahidines étaient encerclés alors à Zberber à l’est de Bouira (l’actuel Lakhdaria). «C’est là que nous avons perdu près de 40 hommes», se souvient-il les larmes aux yeux. Il quitta la wilaya 4 vers la fin de 1957 où il avait participé à plusieurs combats contre les soldats français notamment à Béni Maoune, Palestro et Bouzegza. En 1958, il rejoint les maquis de l’est du pays notamment à Tebessa, El Ounza, Sefsaf. Connu pour son militantisme contre le colonialisme, Rabah Akkouche rejoint les rangs d’une katibet à Zarif, près des frontières Algéro-tunisennes et combattra le colonialisme jusqu’à l’indépendance. Malgré son illustre parcours révolutionnaire, Ami Rabah reste méconnu de la jeunesse et oublié dans l’histoire officielle.
Y. Z.

