Akfadou – La saison des champignons lancée !

Les temps humides, favorisés par une pluviométrie abondante, ont grandement enrichi la flore.

En cette première décade du mois de novembre, la nature se métamorphose pour donner naissance à une flore verdoyante et fleurie. Ainsi, les amateurs de la cueillette des champignons comestibles «sortent de leur réserve». Les amoureux de ce type de végétaux refont surface en écumant les forêts, bois et prés. Les dernières pluies ont permis à ces thallophytes de germer enfin. Certains endroits, notamment en haute montagne, connaissent des poussées spectaculaires. Dans la vaste forêt de l’Akfadou, l’heure est aussi à la cueillette des champignons, comme l’annoncent les premières pluies automnales, prélude à la chute des feuilles des figuiers et des grenadiers, ainsi qu’au retour des oiseaux migrateurs, élisant domicile dans les oliveraies de Kabylie comme milieu d’hibernation. L’automne est la saison par excellence des grandes poussées, car la venue des pluies, après la chaleur, apporte les conditions idéales pour que le mycélium (partie végétative des champignons, généralement constituée d’un réseau de filaments blancs) souterrain produise une abondance de fructification. Armés de bêches et les bottes enfilées, les cueilleurs arpentent les sentiers sinueux des forêts pour dénicher un cep ou un bolet. Certains amateurs sont de très bons connaisseurs. Ils arrivent à différencier deux champignons présentant les mêmes caractéristiques, mais l’un d’eux peut s’avérer toxique. Une bonne connaissance de ces plantes est aussi nécessaire afin de ne pas rentrer bredouille. Chapeau, lamelle, pied, chair, volve… : le champignon a des traits caractéristiques qu’il est important de connaître avant de se lancer dans la cueillette. C’est à pareille époque que les passionnés de la nature s’en vont dans les champs, de préférence les jours de crachin, pour cueillir des champignons que les montagnards qualifient de viande du pauvre, tant le goût de cette plante saprophyte rappelle au palais celui des protéines animales. Un adage populaire ne dit-il pas qu’à défaut de viande, on se nourrit de champignons ? La cueillette est un art, un loisir au même titre que la chasse et la pêche. Elle se pratique à l’approche des saisons automnales et printanières. La plupart du temps, la récolte est conséquente. Cette activité est devenue avec le temps une passion pour certaines gens, à l’image de Belkacem, un ex-directeur à la retraite. Ce passionné aguerri connaît parfaitement les espèces. Il a potassé beaucoup de livres décrivant aussi bien les comestibles que les vénéneux. Les précautions à prendre pour ce connaisseur sont nombreuses. La première consiste à le visualiser et connaître les caractéristiques à fond pour ne pas se tromper. Pour débusquer les champignons les plus prisés, il vaut mieux privilégier les massifs humides, car ces végétaux prospèrent sur des sols riches en humus, ni trop détrempés ni colonisés par de hautes herbes. Certaines espèces forestières s’épanouissant au niveau du sol et prennent un malin plaisir à se confondre avec les feuilles mortes. Les forêts de feuillus abritent également des cèpes, mais aussi des russules charbonnières et verdoyantes, des clitocybes géotrobe (communément appelés tête de moine), des trompettes des morts, les morilles que l’on appelle en kabyle ″Ikerciwen n lexla″ (les tripes des champs), les craterelles, les girolles, les bolets, l’agaric champêtre… Quelques espèces sont vénéneuses, d’autres sont tout simplement mortelles. C’est le cas, notamment, de l’amanite phalloïde. Des champignons contiennent une substance dangereuse qui disparaît à la cuisson. C’est la raison pour laquelle il faut bien faire cuire les morilles. Les champignons sont considérés comme étant des organismes unicellulaires, ou eucaryotes pluricellulaires, reconnaissables grâce à leur aspect particulier en forme de chapeau arcbouté sur un petit bâtonnet. Les champignons constituent des produits forestiers non ligneux d’une importance capitale, tant du point de vue nutritionnel qu’économique. Néanmoins, la saisonnalité dans l’apparition des sporophores est un facteur limitant pour leur disponibilité, souvent aléatoire et concentrée sur quelques semaines par an, principalement en saison des pluies.

Bachir Djaider