La création d’un groupe ad hoc Université – Entreprises est plus que jamais nécessaire pour booster la recherche et le développement industriels, préconisent les participants au colloque organisé par la faculté des sciences économiques de l’UMMTO. Plusieurs chercheurs et enseignants, venus de différentes universités et centre de recherches, ont participé à cette rencontre. Après avoir souligné la complexité du monde des affaires en Algérie, et se basant sur les données du rapport Doing Business 2018 établi par la Banque Mondiale, M. Kheireddine Gani dira : «L’Algérie ne facilite pas la tâche à ses entrepreneurs, bien au contraire. Le rapport Boing Business fait une comparaison des pays du monde dans le domaine de l’entrepreneuriat et l’Algérie est très mal placée». D’après l’orateur, le rapport évalue certains aspects de la réglementation des affaires qui ont une incidence sur la vie d’une entreprise. Ces indicateurs sont pris en compte dans le classement sur la facilité de faire des affaires : création d’entreprise, obtention d’un permis de construire, raccordement à l’électricité, transfert de propriété, obtention de prêts, protection des investisseurs minoritaires, paiement des taxes et impôts, commerce transfrontalier, exécution des contrats et règlement de l’insolvabilité, entre autres. S’appuyant sur les résultats d’une analyse de régression, le conférencier explique que «les obstacles à l’apprentissage organisationnel dans les entreprises algériennes sont dus à la stabilité de l’environnement et au manque de la concurrence». Ceci explique, en partie, pourquoi les entreprises algériennes ne peuvent produire des innovations. Concernant, justement, ce point, Mme Ouchalal, enseignante/chercheur au CREAD, a abordé, dans sa communication, le thème ‘’Les obstacles à l’innovation technologiques dans le milieu industriel public algérien : Cas du groupe Saidal’’. Considérée (l’innovation) comme une clé du développement, la conférencière dira : «Dans un contexte de mondialisation, l’innovation technologique constitue une source majeure de la croissance économique, un moteur de développement ainsi qu’un argument décisif dans la concurrence entre les entreprises et entre les nations. Elle permet l’augmentation de la production et l’amélioration de la qualité des biens. A l’ère actuelle, l’innovation technologique occupe une place centrale dans la stratégie des entreprises industrielles qui sont conscientes de son importance».
«L’instabilité des entreprises freine l’innovation»
Cependant, elle reste encore confrontée à de nombreux problèmes, explique-t-elle. Décortiquant sa recherche effectuée sur le groupe Saidal, Mme Ouchalal cite quelques-uns, «en premier lieu l’instabilité (pour des raisons différentes) du personnel scientifique et des staffs de direction, la marginalisation, l’insatisfaction professionnelle, la démotivation des ingénieurs-chercheurs, ainsi que l’absence d’autonomie des entreprises publiques dans la prise de décision à risque». Et d’ajouter : «Généralement, ce sont des activités d’engineering et des réponses au jour le jour à des problèmes techniques qui se distinguent, plutôt que des projets visant un changement qualitatif». Elle considère, également, que ces handicaps comptent parmi les facteurs qui expliquent pourquoi il est si difficile de transformer l’effort de recherche en innovation technologique. «En d’autres termes, ce qui est relevé le plus dans ce qui a été observé lors de la réalisation de cette recherche, c’est l’incapacité quasi générale de transformer l’effort de recherche en effort de développement. Nous avons eu l’impression que l’objectif final de la recherche/développement est marginalisé même par les responsables de l’entreprise enquêtée, comme si on fait de la recherche et développement juste pour la forme. En fait, malgré son statut administratif élevé et le discours flatteur qui l’entoure, la recherche et développement reste, dans bien des cas, plus ancrée dans les organigrammes que dans les faits », conclut-elle. Pour sa part, Dr Zoubida Berrahou a axé sa communication sur ‘’La mutation de la commune algérienne et pédagogique de l’intelligence économique’’. Pour elle, le développement économique et social est avant tout un problème d’organisation. «La façon dont toute entité responsable procède pour collecter l’information et accéder à des sources bien identifiées constitue le véritable obstacle devant la mobilisation ses ressources financières, puis l’élaboration et exécution de ses programmes. De ce fait, toute collectivité, soucieuse de l’amélioration du bien-être de sa population et de l’utilisation rationnelle de ses moyens souvent limités, a besoin d’inscrire ses actions dans un système méthodique de management guidé par l’intelligence économique», préconise-t-elle. La commune algérienne, en tant que collectivité locale, devrait mettre en relation, directement ou indirectement, l’Etat, le citoyen et la société, selon l’oratrice. Cela suppose «que ses instances décisionnelles doivent posséder un éclairage maîtrisé sur l’information menant à une projection suffisamment lointaine dans le temps pour mesurer la justesse de la décision prise face à ses implications attendues. Deux compétences clés sont nécessaires ou plutôt leur articulation : l’appropriation et le suivi des informations collectées. Elles sont primordiales pour sortir les administrations et les assemblés communales de leurs démarches bureaucratiques et aller vers la convergence et la synergie des actions», explique-t-elle. Et cela passe incontestablement par «la commune qui dans son avantage de petite entité maîtrisable pourra donner l’exemple d’une meilleure gouvernance basée sur l’innovation et l’expérimentation comportementale du 21ème siècle. Il est urgent d’étudier et repenser le rapport des premiers responsables locaux à la lumière de la vitrine qu’offre leur présence sur le web afin de se détacher ainsi des pratiques obsolètes fondées sur un populisme essoufflé et des canaux médiatiques dépassés (radio, télé, journal). La ressource humaine du 21ème siècle habite sur la planète technologique», avertit-elle.
F Moula.
