L’intérêt du colloque, son impact, les thématiques et d’autres questions sont abordés dans ce court entretien avec l’un des initiateurs de l’événement, Dr Said Chemakh, enseignant de tamazight à l’université Mouloud Mammeri
La Dépêche de Kabylie : Quel est l’intérêt visé par ce colloque ?
Said Chemakh : Il faut savoir que ce colloque a été décidé il y a bien longtemps. Monsieur le recteur l’avait déjà annoncé lors de l’ouverture du colloque sur Lounis Aït Menguellet à l’occasion de ses 50 ans de carrière. On avait dit qu’on allait remettre le doctorat Honoris-Cosa pour Aït Menguellet et Matoub. Pour le premier ça été fait, mais pour Matoub, vu qu’il est décidé, l’université a décidé de lui octroyer l’équivalent, c’est-à-dire un prix de la mémoire. C’était une promesse que l’université se devait d’acquitter et honorer.
Au début, vous l’avez annoncé international. Que s’est-il passé pour que ça redevienne juste national ?
Le colloque est national, c’est vrai on voulait faire dans l’international, mais le temps d’avoir l’autorisation du ministère on dépassera la date symbolique du 24 janvier qui coïncide avec l’anniversaire de sa naissance. C’est ce qui a fait qu’on se limite au national, d’autant plus qu’il y aura un autre colloque organisé par le département de tamazight vers le mois de mars ou avril qui va porté sur toute la chanson berbère de façon générale.
Quelle est la différence entre ce colloque et ceux organisés auparavant sur la vie de Matoub Lounès, notamment celui de juin dernier à Béjaïa ?
Il n’y a pas une grande différence. L’université de Béjaïa a pris l’initiative, c’est pour la commémoration du 20e anniversaire de son assassinat. Il y a eu beaucoup d’intervenants et c’était un colloque international. Mais l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou ça fait aussi longtemps qu’elle a prévu de l’organiser comme je l’ai expliqué. On lui octroiera ce prix de la mémoire. Beaucoup d’intervenants qui étaient à Béjaïa vont être présents ici à Tizi-Ouzou.
Quelle est la finalité scientifique de tout cet intérêt accordé à Matoub Lounès ?
L’intérêt de cette rencontre est avant tout de reconstituer une base pour les recherches actuelles en littérature, particulièrement la littérature contemporaine pour ne pas rester seulement dans la poésie traditionnelle de Si Mohand U Mhend, Cheikh Mohand U L’hocine, Youcef Oukaci. On va s’intéresser à la poésie moderne de la fin du 20e siècle et début du 21e siècle. Il s’agit aussi de faire l’approche des textes matoubiens avec tous les outils théoriques qu’offrent les disciplines actuelle, à savoir la sémiotique, la narratologie et autre. Ça va aussi permettre de créer un réseau de travaux entre chercheurs qui travaillent actuellement sur la littérature que ce soit à Tizi-Ouzou ou au niveau des trois autres départements de la langue et culture amazighes à Béjaïa, Bouira et Batna. On aura aussi des intervenants de Blida et d’Oran. Donc, l’intérêt dans tout ça c’est d’arriver à créer une singerie entre tout ces chercheurs et pourquoi pas entre d’autres chercheurs qui travaillent à l’INALCO, l’IRCAM au Maroc.
Vous êtes donc dans une approche maghrébine…
Oui maghrébine et pourquoi pas internationale. Les textes de Matoub sont enseignés à Paris. Le rebelle a été traduit à tachelhit et sa poésie est enseignée à l’université de Naples avec traduction italienne.
Qu’en est-il de la finalité culturelle ?
Effectivement, il y a une finalité culturelle visée par ce colloque. Il y aura la consécration du poète Matoub par l’université qui va lui décerner le prix de la mémoire. C’est une reconnaissance. Il faut dire que c’est l’un des rares chanteurs, voire même le seul à avoir évoqué l’université dans ses chansons. C’était connu depuis toujours l’attachement de Matoub à l’université. Quand il était blessé en octobre 1988, c’était bien le tract qu’avait distribué la communauté universitaire qui avait appelé au clame. L’université est indissociable depuis la naissance du mouvement culturel berbère.
Doit-on s’attendre à une étude approfondie de thématiques chantées par Matoub ?
Oui il y aura des études qui seront vraiment approfondies. On ne va pas travailler seulement sur l’amour ou la vie sociale. Ce qui nous intéresse le plus c’est la recherche sur la part du narcissisme dans la poésie amoureuse, de la désirance mais surtout c’est les approches de textes. On aura certes les thématiques traditionnelles sur le réalisme, l’amour, l’approche de l’histoire telle que vue par Matoub, mais il y aura aussi une approche sur son autobiographie, le fait de se mettre en avant sur les chansons mais aussi dans son livre témoignage, Rebelle. Il y aura également des études pas seulement sur le point de vue narratologie mais aussi sur le point de vue de la sémiotique de la poétique. On va essayer d’utiliser tous les outils qui sont à notre disposition dans la critique littéraire pour une approche matoubienne de texte.
Propos recueillis par K. H.

