Il n’y a pas que l’urne qui détermine le poids d’un parti politique, d’un leader, puisque les élections sont toujours sujettes à soupçons et à critiques. Le dernier scrutin du 24 novembre ne peut servir de baromètre pour jauger la force de nos représentations politiques locales, dès lors que 30% de participation est un taux honteux à nos politiques, six partis entrés en lice dans un climat serein, 70% de la population n’a trouvé aucun engouement. Il y a aussi les manifestations populaires, démonstrations de force, qui mesurent la bonne santé et la grandeur politique des structures. Une vérité sort de la commémoration du double anniversaire de cette année, pourtant libre cours et toute la latitude sont donnés à tous les acteurs, en rangs serrés ou dans la désunion, de marquer leur empreinte, mais rien n’y fut, hormis les commerçants de la ville de Tizi Ouzou qui méritent une note complète, puisque la grève est respectée à longueur de journée du 20 avril, en dépit des vicissitudes que cette catégorie sociale a endurées depuis des années.
Les étudiants refusent la récupérationIl est le seul chef de parti à se mettre de la partie, avant hier à Tizi Ouzou. Saïd Sadi, entouré de ses militants, commense la marche à partir du bureau régional en traversant le carrefour du 20-Avril. Ils étaient près de 500 personnes projetant de faire coïncider leur marche avec la sortie de milliers d’étudiants, décidés eux aussi à tenir leur manifestation. A hauteur du portail de l’université de Hasnaoua, les 3/4 des étudiants ont refusé de se fondre dans la foule des fidèles du RCD, et ont décidé de se contonner à l’intérieur de la fac. C’est le premier revers essuyé par le chef du RCD, qui malgré cela, a continué sa marche, croyant à l’effet boule de neige, c’est-à-dire à mesure de son avancée, il ferait adhérer des citoyens. L’inverse eut lieu : les curieux et les nombreux citoyens aux abords des trottoirs, lui lancent des salves d’insanités. La procession continue jusqu’à atteindre le centre-ville, où la mini-marche reste meublée pour quelques étudiants partisans et des élus du RCD, convoqués la veille à prendre part. Le leader du RCD ne croyait pas à sa déconfiture du jour, jusqu’à tolérer à ses militants de scander des slogans ne cadrant guère avec l’événement. La déception fut grande, les citoyens ne se sont pas frottés aux marcheurs, le RCD a agi par dépossession de l’initiative des étudiants de l’université de Tizi Ouzou. Surestimant ses capacités de mobilisation et s’appuyant sur l’intrigue et la manœuvre, le RCD a essuyé un cinglant revers avant-hier. Sadi annule son meetingEn désespoir de cause, la feuille de route des concepteurs de la marche, sur laquelle ils ont beaucoup misé pour drainer le maximum de citoyens, et les détourner au stade Oukil Ramdane, le RCD a fini par annuler le meeting. Pourtant officiellement le stade Oukil Ramdane est réquisitionné par le parti de Saïd Sadi. Tout était ficelé, si le nombre des marcheurs était à hauteur de milliers, il suffisait de braquer la foule vers le lieu indiqué du meeting. En dépit de la non-annonce et l’absence d’affiches sur ce rendez-vous, l’administration de la DRAG a officiellement notifié son avis favorable pour exploiter le stade à l’activité du meeting, que devait animer Saïd Sadi le numéro 1 du RCD. Ce double échec, en ce double anniversaire, celui de la marche et de l’annulation du meeting, dénote du crédit politique accordé au RCD par les populations. Loin de croire à une resurgeance du parti dans la région, les derniers résultats électoraux ont beaucoup plus reequilibré les partis politiques sur la base d’une minorité votante qu’une redistribution des forces réelle de la majorité de la population qui avait boudé l’urne. Sept Kabyles sur dix ont tourné le dos aux partis, ce qui en soi est un aveu d’échec des politiques. Indéniablement, les affaires politiques intéressent toujours les citoyens de Kabylie, le lâchage des partis par les populations ne doit pas être perçue comme une déconnexion ou une régression. Personne ne peut se targuer d’un tutorat politique sur la région, désormais les populations s’attèlent à soutenir tous ceux capables d’agir dans le règlement de leurs problèmes et donner leur caution politique à ceux qui les affranchiront des sentiers battus. La leçon tirée de cette double commémoration, c’est le retour de la sérénité et que rien n’est définitivement acquis pour les partis, la compétition reste ouverte en Kabylie où le monopole de la pratique politique n’est entre les mains de personne et qu’aucune légitimité ne peut absoudre certains acteurs d’opération de chute libre.
Khaled Zahem
