Qui ne se souvient des années 2000 lorsque le pélerinage annuel pendant l’Achoura drainait jusqu’à plus de cent mille personnes devant le mausolée du saint patron des Ath Irathen. Durant toute une semaine, le rythme de la ville s’accélérait, les rues étaient bondées de monde, les conducteurs se voyaient réduits à garer leurs voitures à presque 5 km du site. Les familles, ravies de découvrir les lieux mais aussi la région, qui a enfanté bien des historiques, haut lieu de toutes les résistances, se répandaient joyeusement à travers les ruelles ; et le commerce, dopé, fonctionnait à merveille. Un commerçant confie qu’en cette période il faisait en une semaine le chiffre d’affaires de six mois d’activité.Mohamed Itim, président de l’association portant le nom du saint, parle avec un regret non dissimulé de cette période faste ; il avait reçu diverses personnalités, dont Zeddag Mouloud en compagnie du président de la JSK, Hannachi, auxquels l’association avait tenu à rendre hommage, chacun dans le registre de ses activités. L’ambiance conviviale qui prévalait pendant ces jours avait aussi le mérite de distraire les gens du sentiment d’inquiétude sécuritaire, qui s’était installé, avec ses effets pernicieux, dans toutes les couches de la société. Sur l’esplanade attenante au mausolée, d’où l’on a une vue imprenable sur l’immense paysage s’étendant jusqu’au majestueux Djurdjura et les innombrables villages blottis à ses pieds, les familles dansaient au rythme des idhebalen ou des chanteurs, elles achetaient des souvenirs, faisaient connaissance, sympathisaient. Hélas, l’année 2003 sonna le glas de cette pétillante activité. La caserme reprit du service, amenant un soulagement certain face à la recrudescence des actes terroristes. M. Itim avance “qu’un compromis est possible pour que l’association puisse continuer à activer, sans pour cela constituer une gêne pour l’institution militaire, le site du mausolée est toujours accessible, dit-il, mais pas l’esplanade, on ne peut donc plus organiser de fêtes dignes de ce nom”. L’association est de ce fait en hibernation, coupée de son espace d’expression. La célébration de l’Achoura prenait en ces lieux une envergure nationale, des gens venaient même d’Oran cela aurait pu constituer un stimulant pour le tourisme local. Y’a-t-il un espoir ? M. Itim, une moue trahissant son scepticisme, dit “qu’il appartient aux autorités locales de faire les démarches nécessaires et un travail de sensibilisation à ce sujet, pour que le saint patron des Ath Irathen puisse réentendre autour de lui les youyous des femmes et les cris de joie des enfants”.
M. Amarouche
