La Dépêche de Kabylie : Il y a deux manières d’accéder au 7e art comme réalisateur : la première, académique, consiste à suivre une formation en Europe, à la prestigieuse école de l’Idhec de Paris, à Bruxelles, ou tout à fait à l’opposé à Moscou, la seconde fait la part belle à l’instinct, à la passion contenue, qui explose soudain, celle de l’apprentissage sur le tas. Quelle a été la voie que vous avez suivie ?l Ahmed Djenadi : A dire vrai, je suis autodidacte. Je suis venu à la communication fin 2000. Ce qu’il faut ajouter, c’est que aussi loin que mes souvenirs remontent, j’ai été subjugué, fasciné par l’image. Je suis quand-même parti avec un avantage de taille, car comme bien le plus précieux, j’avais une caméra super 8 dès les années 80. Tout en filmant tout et rien, la technique cinématographique a commencé à s’installer en moi, comme un venin, mais ô combien bonifiant et enrichissant. Dès l’apparition de BRTV, il était tout à fait matériel pour moi de rejoindre cette boîte à image kabyle. Notre collaboration est assise sur d’excellentes bases et c’est avec un réel plaisir que je produis l’émission « Thamourthiou », connue aujourd’hui de tous. Les sujets y sont abordés sans exclusive. L’émission hebdomadaire est à sa 263° édition. Par ailleurs, je réalise des couvertures comme envoyé spécial. Dans le cadre de mon activité première, celle de ma société de communication, je fais des public-reportages, des documentaires pour les entreprises. Voilà pour mes activités.
Dans votre émission sur BRTV, vous avez opté pour la proximité en promenant votre caméra à l’intérieur des foyers. Ce concept plaît ! C’est en quelque sorte notre TV Reality à nous. Etes-vous du même avis ?l Exact. Casser les tabous en Kabylie et en dehors. Après l’oral, l’écrit, voici venu le moment de l’image…
Revenons maintenant, si vous le voulez bien, à votre feuilleton « Aeziz Aken Ibghou yili » ou « l’être cher ». Pourquoi le thème de l’éclatement de la famille kabyle et la mise à l’écart du 3e âge ?l Dans le cadre de ma collaboration avec BRTV, j’ai eu à réaliser un reportage sur l’auberge des personnes âgées, une institution qui n’existe pas dans nos traditions. J’ai donc fait une fiction sous forme de feuilleton de 26 mns chacun et comportant 8 épisodes. Nous sommes aux dernières retouches d’avant diffusion. Je tiens à préciser que cette œuvre a vu le jour grâce exclusivement à mon apport personnel (350 millions de centimes) et aux moyens de la boite de communication. Il est bien entendu destiné à la commercialisation. Mes remerciements vont tout droit à toute l’équipe et particulièrement aux acteurs, tous amateurs. J’ajouterai enfin que c’est le premier feuilleton d’expression amazighe qui retrace l’histoire d’un famille citadine qui, à la suite d’intrigues, tente et réussit à se débarrasser du patriarche qui n’a d’autre choix que celui de rejoindre l’hospice sous peine d’intégrer la cohorte des SDF. L’histoire se termine tout de même par un « happy end », à l’américaine.
Des projets ?l Oui, un feuilleton sentimental et un téléfilm narrant la légende (ou l’histoire) de Yemma Gouraya. Un projet grandiose qui me tient à cœur. Je vis une véritable histoire d’amour avec le cinéma. A l’instar de ce génie du 4e Art qui a souhaité finir sur les planches, je me vois très bien rendre le dernier soupir sur le plateau de tournage, la caméra au poing. Le plus tard possible…
Entretien réalisé par Mustapha Ramdani
