Qui ne se souvient du programme financé par les fonds communaux de développement et qui se proposait de réaliser des aires de jeux à travers tous les villages ? Si ce projet est en grande partie effectif, force est de dire qu’il n’en reste plus grand chose aujourd’hui. La majorité a été réalisée sans bois ni clôtures, de simples plates-formes gagnées sur les terrains vagues, souvent éloignées des villages et de ce fait, condamnées à la sous-utilisation. Il serait trop fastidieux de faire l’inventaire de leur état, village par village mais elles ont presque toutes disparues. En l’absence de murs de soutènement, toutes ont subi de grands dommages provoqués par les eaux de ruissellement. Les sillons formés sont devenus du fait de l’érosion incessante, de petits talwegs, les rendant impropres à l’activité sportive. Ensuite, les herbes sauvages et les broussailles envahissantes ont fait le reste. A Aït Atelli, l’aire de jeux a ainsi disparu, il en est de même à Aït Frah où très éloignée des zones habitées, elle a fini par désintéresser les plus enthousiastes des jeunes avides d’exercices physiques. Leur sort est beaucoup plus triste quand elles sont utilisées comme décharge sauvage et qu’au lieu d’y trouver des jeunes épanouis et pleins de vie on est rebuté par les amas d’ordures déposés par des indélicats.En attendant, nos jeunes dans les villages s’ennuient. Ils se trouvent réduits à taper du ballon sur la voie publique, sous le regard courroucé des adultes et des chauffeurs. Plus grave, un jeune oisif devient facilement la proie des sirènes de tout bord et l’on ne s’étonnera pas d’en voir certains pris facilement dans les toiles d’araignées des idéologies rétrogrades et étrangères à l’esprit de pondération religieuse et d’ouverture séculaire des Kabyles. D’autres aussi ont sombré, victimes des réseaux d’écoulement de produits aliénants.Autant de fléaux donc, qu’il convient de conjurer en mettant à la disposition de la jeunesse les moyens d’une pratique sportive saine, pour en faire des individus équilibrés et épanouis. Mais il y a lieu d’éviter les démarches stériles qui sacrifient l’utile à l’ostentatoire. Un bon stade, durable, avec un minimum d’équipements, est préférable à une flopée d’aires de jeux éphémères. Mais compte tenu du manque d’assiette foncière symptomatique des zones montagneuses, il s’agit là d’un vrai défi pour les assemblées actuelles et à venir.
Mustapha Amarouche
