Nos routes font-elles toujours peur ?

Partager

Les Algériens, notamment ceux de Kabylie, c’est un fait, sont convaincus qu’ils ne sont pas à l’abri d’un mauvais coup de sort. L’allusion aussi aux méfaits du banditisme, traduit l’inquiétude et la peur des citoyens de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, particulièrement durant ces derniers mois. Pour mieux tâter le pouls et l’état d’esprit des voyageurs, nous avons décidé d’interroger au niveau de la gare routière de Tizi Ouzou, où stationnent habituellement les taxis en partance pour la majorité des localités retirées du chef-lieu. A commencer par les chauffeurs, ces derniers confient qu’ils redoutent particulièrement certaines régions de Kabylie et qu’ils refusent, à partir d’une certaine heure, de s’y aventurer, même pour tout l’or du monde. A titre d’exemple, un émigré venu en urgence de France pour assister à l’enterrement de l’un de ses proches à Aïn El Hammam, a dû passer la nuit dans la ville des Genêts. Il s’est vu bloqué, alors que la nuit venait de tomber. La raison invoquée : “La non-maîtrise de la situation sécuritaire dans l’axe Tizi Ouzou par Mekla ou par Larbaâ Nath Irathen-Aïn El Hammam,, dont la distance est de moins de 60 km.” En somme, une espèce de “couvre feu” imposé de fait par des voleurs de tout acabit. Des citoyens qui affichent de l’appréhension lorsqu’ils prennent un taxi ou fourgons de transport de voyageurs pour de “longues” distances sont légion. Ainsi, en les questionnant, nous avons constaté que les clients en partance aussi pour l’ouest de la Kabylie sont conscients qu’il est “raisonnable” d’éviter les routes de Sidi Naâmane, Baghlia, Dellys… après vingt heures et même avant. Un directeur à Sonatrach, nouvellement installé à Alger et originaire de Tigzirt, avoue ne se rendre que très rarement chez lui ces derniers temps. Sa femme et ses enfants lui ont conseillés d’emprunter le moins possible la route après certaines heures du soir, quitte à broyer indéfiniment sa nostalgie dans une chambre d’hôtel. Beaucoup de voyageurs ont attiré notre attention sur le comportement des chauffeurs de taxi. Ils leur reprochent de refuser de prendre la route à certaines heures de l’après-midi, à l’image de cette vieille dame qui témoigne : “Une fois, ma fille qui habite les Aghribs sur la route d’Azeffoun, me téléphona en urgence pour m’annoncer un grave accident survenu à son mari. Il était dix-neuf heures environ. Je me rends à la première station de taxi, mais aucun des conducteurs ne voulait m’y conduire. Je leur ai pourtant offert des sommes mirobolantes mais rien n’y fait”, a-t-elle soutenu. Concernant la région nord-est en allant vers Béjaïa par Yakouren et d’autres localités, les voyageurs interrogés ont vite fait de parler du dernier kidnapping du frère du patron de l’entreprise ETRHB, opéré sur la route d’Azeffoun. “Avant, nous redoutions particulièrement la région de Palestro, à une trentaine de kilomètres de Bouira, maintenant les criminels ont apparemment pris pied dans notre région, comme quoi on est condamnés à voyager la peur au ventre”, a lancé à notre adresse un cadre de Sonelgaz à Tizi Ouzou. D’autres sont unanimes pour dire que la route entre Alger et Tizi Ouzou, voire jusqu’à Azazga-ville est sécurisée. Au-delà et dans toutes les directions, le risque zéro n’existe pas et quelle que soit la destination, on a retrouvé quelques habitués de la ligne Alger-Aïn El Hammam. Les témoignages sur le sentiment d’insécurité ne manquent pas à la gare de Tizi Ouzou et les autres stations de transport. Les automobilistes qui s’apprêtaient à prendre la route avaient un sentiment de fatalisme déroutant à certaines heures. “Nous comptons sur le Très haut”. Interrogés sur leurs appréciations, quant à la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, la réponse d’un citoyen peut, à elle seule, résumer toutes les autres. “Oui, la Charte pour la paix a fait diminuer de 90% le terrorisme islamiste, mais malheureusement le banditisme a tendance à prendre ce relais”. Notre interlocuteur n’a pas tort, car même le président de la République l’avait reconnu à plusieurs reprises à l’occasion de ses sorties publiques. “Après la victoire remportée sur le terrorisme, nous combattrons sans relâche le banditisme”, avait-il insisté.

S. K. S.

Partager