8 Mai 1945 : le devoir de mémoire

Si les Algériens savent tous ce qui s’est passé, le 8 Mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, et commémorent, chaque année, ces douloureux événements de leur histoire, la plupart des étrangers l’ignore. Pour eux, le 8 mai 1945, c’est la victoire des Alliés contre le nazisme et le fascisme, c’est la fin officielle de la seconde guerre mondiale… On évoque les horreurs hitlériennes, les millions de morts, militaires et civils, les camps de concentration, les destructions mais pas les massacres commis en Algérie par l’armée coloniale. Il y a quelques jours, un historien américain, en visite dans notre pays, Paul Lauren, professeur et membre du Conseil d’université du Montana, déclarait, à Alger, qu’il ignorait l’ampleur des massacres, et que c’est seulement en interrogeant les gens qui ont vécu ces événements qu’il est arrivé à en prendre conscience. C’est que, avoue-t-il, toute son information est puisée dans les ouvrages français, qui ne donnent qu’une version, à la fois partielle et partiale des faits. Et il en est des autres méfaits du colonialisme, et il en est de la colonisation… La responsabilité de cette vaste entreprise de désinformation incombe aux Français mais aussi aux Algériens, car si on comprend que les ex-colonisateurs cherchent à cacher la vérité, il est du devoir des Algériens de faire éclater cette vérité. Aux historiens, aux écrivains, aux journalistes, aux cinéastes d’écrire sur la colonisation, les massacres, les enfumades, les spoliations, les déplacements, et surtout de diffuser, dans différentes langues, leurs œuvres. C’est là un devoir de mémoire auquel aucun intellectuel ne peut se dérober.

S. Aït Larba