De la mémoire naît l’espoir

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Par Chérif Aït Ahmed

L’Algérie vient de célébrer une date historique, le 8 Mai 1945, événement qui risque d’être “oublié” dans les méandres d’une histoire méconnue de l’Algérie contemporaine.Cet important événement de notre histoire comme tant d’autres, n’est pas perçu à sa dimension réelle en tant que phénomène historique. Les quelques klaxons, airs de guesba ou sons folkloriques rituels banalisés sans vie ni ardeur ne peuvent replacer cette importante date dans son véritable sens historique. Les collectivités locales, les écoles, la rue, le théâtre, le cinéma, la recherche et l’écriture doivent s’imprégner du sens réel et des implications extraordinaires de cette date sur le déroulement des faits historiques de l’Algérie, car ne l’oublions pas, l’Algérie a, par ces luttes, marqué l’histoire universelle. L’accession à l’indépendance, en 1962, est le résultat d’un très lourd processus de conscenciatisation et de très lourds sacrifices en souffrances, en pertes de vies humaines. Chaque jour, chaque date, chaque parcelle du territoire national et chaque pierre demeurent aujourd’hui un repère, une mémoire qu’il ne faudra jamais oublier. Chaque Algérienne et Algérien doit avoir un devoir de mémoire et un devoir de reconnaissance, un devoir d’humilité et de fierté en même temps envers les faits et les actes ayant marqué son histoire et son identité.Le 8 Mai 1945 fait partie de cette date historique et douloureuse qu’il ne faudra jamais oublier. Elle demeure un événement marquant de l’histoire de l’Algérie qui, pendant plus de 125 ans, n’a cessé sous des formes diverses, mais de façon ininterrompue de lutter contre la conquête et la colonisation française. Au-delà des cérémonies de recueillement et des discours de circonstance, il s’agira en mai 2006, à l’ère du troisième millénaire, de la mondialisation des droits de la personne humaine, de consacrer de manière concrète et véritable le droit à la connaissance de notre histoire et de notre identité. L’intelligence et le courage qui ont façonné les actes héroïques des Algériens tout au long de leur histoire, de leur combat doivent redevenir une valeur, un repère pour nous-mêmes et les générations futures, car l’histoire a démontré que l’intelligence et le courage suffisent pour faire échec à la fatalité, à la soumission et à la terreur. Offrir des repères à nos enfants dans l’école, les bibliothèques, les centres culturels, à la télévision, dans l’encouragement à l’écriture, dans l’épanouissement de la liberté d’expression, dans la relation des actes, des faits culturels et historiques permettra d’éviter la résignation à la fatalité. C’est à cette condition que l’histoire peut faire avancer, innover et créer. C’est aussi à cette condition que l’Algérie honorera véritablement ses milliers de martyrs et offrira à ses enfants la fierté de vivre dans un pays qui refuse d’exercer et de subir la terreur, la violence, l’injustice, la pauvreté, l’inculture et la fatalité. Les grandes tragédies de notre histoire ne doivent plus nous fasciner par leurs visages horribles et nous immobiliser, elles doivent au contraire servir et aider à nous libérer pour construire des lendemains d’espoir et de liberté.

C. A. A.

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