Ils sont dix-sept, en majorité issus du corps enseignant, à constituer le noyau fondateur d’une association écologique appelée “La main verte”. La nouvelle venue, en attente d’agrément, a reçu de l’APC la promesse de domiciliation au Centre culturel. La situation, assez dégradée de l’environnement, a de quoi éprouver les capacités militantes des adhérents. M. Cherfaoui, enseignant affable, discret mais convaincu, dit ne pas vouloir fourvoyer l’association qu’il préside dans des démarches sensationnelles ou festives. Les sérieuses atteintes à l’environnement, rural ou urbain, nécessitent plus que des actions d’éclat à l’effet forcément éphémère mais un diagnostic en profondeur. L’association veut s’inscrire dans une démarche scientifique de connaissance puis de persuasion afin d’espérer aboutir à une modification des comportement de nuisance. Il est bien loin, aujourd’hui, le temps où nos aïeux, pour se rendre dans leurs vergers si féconds, parcouraient des sentiers tapissés de marguerites, bordés de pins sylvestres, de chênes majestueux, d’oléastres au feuillage chatoyant sous le soleil et de micocouliers exhalant leur fraîcheur embaumée des mille senteurs de la forêt. Il n’y avait pas encore d’eau potable dans les foyers mais au fond de chaque talweg, chantait une source cristalline.Le plastique, sous toutes ses formes, a envahi nos rues, débordant de nos dépotoirs chaotiques. Les sentiers villageois sont enlaidis par des décharges improvisées et les sachets emportés par le vent se déposant sur les arbres, semblables à des oiseaux de mauvais augure et témoins de notre mauvaise adaptation à la société de consommation. Les eaux usées, déversées directement dans les ruisseaux, ont mis fin à la richesse extraordinaire de la faune kabyle, avant de polluer les rivières pour aboutir enfin dans l’énorme réceptacle du barrage. Les animaux sauvages n’ayant plus que de l’eau usée à boire et harcelés par des braconniers sans scrupules, disparaissent peu à peu. Dans les profondeurs de nos vergers, le chant des oiseaux s’est presque tu.Lutter contre la pollution aujourd’hui, même si cela s’apparente au combat de David contre Goliath, est un signe de discernement et d’engagement. Alors, bienvenue à “La main verte !”
Mustapah Amarouche
