La commune d’Aghbalou demeure l’une des rares communes de la wilaya de Bouira où la production des cerises bat toujours son plein comme chaque année à pareille époque et la réputation de ce fruit a depuis longtemps dépassé les frontières de la wilaya. A Takerboust, chef-lieu communal, la culture de la cerise a été pendant de longues années privilégiée par les anciennes générations d’agriculteurs qui possédaient des terrains en haute montagne, terrains accidentés et abrupts mais seul endroit où les arbres réussissent à croître et à s’épanouir en fournissant une récolte appréciable. La culture du cerisier ne nécessite pas vraiment beaucoup d’entretien. Pourtant, l’arbre en lui-même doit être régulièrement taillé pour éviter les maladies qui le guettent. Des maladies, des insectes mais également la rudesse du climat des hautes montagnes où les vents violents font énormément de tort aux cerisiers. Il faut savoir qu’en ces endroits très difficiles d’accès, le cerisier pousse spontanément à l’état sauvage. On l’appelle le merisier (ardhrim), les racines n’étant que très peu profondes, l’arbre est souvent sujet à des déracinements. Mais ce n’est qu’au bout de deux ou trois ans que l’on peut greffer l’arbre qui commencera à produire les fruits tant prisés. Ces jours-ci, alors que les cerises arrivent à peine à maturité, des marchands viennent quotidiennement des wilayas de Bordj Bou Arréridj, Sétif, M’sila pour acheter à prix d’or les premiers fruits. Ces marchands sont fidèles au rendez-vous de chaque année et leurs fournisseurs les connaissent très bien. “Depuis 1978, je fais le déplacement depuis Aïn Arnat (Sétif) jusqu’à Takerboust pour acheter des cerises chez mon ami.. et je ne le regrette pas”, dira un quinquagénaire qui se félicite d’avoir trouvé une marchandise d’aussi bonne qualité et de confier que le prix des fruits de cette région avoisine les 500 DA le kg sur les étals des marchés de Sétif. D’autres clients se laissent également convaincre par le bouche à oreille qui circule entre revendeurs de ce fruit. Des marchands de Bouira se sont mis eux aussi de la partie pour faire grimper les prix des premières cerises : “Il vaut mieux pour nous, commerçants de Bouira, de nous rendre à l’intérieur de la wilaya plutôt que d’aller jusqu’à Larbaâ Nath Irathen où nous payerons presque le même prix mais sans compter le trajet”, révèle un marchand de fruits du chef-lieu de wilaya qui insiste sur l’urgence de revendre le fruit dans les plus brefs délais après son acquisition. “Le facteur temps est à respecter, surtout en cette période de grande chaleur, car les fruits ne supportent pas les longs trajets sous le soleil”, enchaîne-t-il tout en précisant que les vendeurs occasionnels de fruits disposent, pour la plupart d’entre-eux, d’anciens véhicules de types bâchés ou de camions qui ne sont pas vraiment conformes pour transporter ce genre de marchandise qui craint les températures élevées. Cette année encore, les agriculteurs n’ont pas récolté autant de fruits que prévu à cause notamment des conditions climatiques défavorables, mais aussi à cause des carpocapses qui font des ravages sur les fleurs. “Nous espérions avoir une meilleure récolte cette saison mais les jeunes arbres plantés l’an dernier ne produisent pas encore et les vieux arbres sont plutôt fragiles”, explique Nacer qui dit ne vivre que de sa récolte de cerises. A préciser que depuis deux ans, un certain engouement a été observé par d’autres agriculteurs qui ont investi dans le domaine de la cerise. Défrichage de terrains et plantations d’arbres de différentes variétés de cerises pour repeupler les endroits qui se prêtent assez bien à ce genre de culture, mais aussi pour varier les qualités de ce fruit dont il existe plusieurs mais qui demeurent à ce jour inexploitées par les agriculteurs locaux qui leur préfèrent la cerise “griotte” plus communément appelée T’sehb l’moulk taqurant, une variété qui a fait ses preuves en résistant très bien aux conditions climatiques extrêmes de la région et qui peut supporter la neige et les températures négatives pendant plusieurs jours. Les aides de l’Etat, notamment le FNRDA, ont beaucoup contribué à la relance de la culture du cerisier, ce qui a permis aux jeunes agriculteurs de s’investir dans ce créneau qu’on peut, sans avoir trop peur de se tromper, qualifier de juteux.
Hafidh B.
