Au cours de cette rencontre à laquelle ont pris part le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Tayeb Louh, le ministre de la Solidarité nationale et de l’Emploi, Djamel Ould Abbès, et le premier secrétaire général de la Centrale syndicale, M. Sidi Saïd, ainsi que des représentants du BIT, les intervenants ont fait un état des lieux sur la situation en évoquant à l’occasion les retombées que pourrait engendrer ce phénomène, qui commence à prendre des proportions alarmantes sur la collectivité nationale. L’Algérie, à l’instar d’autres pays qui sont confrontés aux problèmes économiques et juridique, quant à l’accueil des immigrés et au contrôle de leurs sorties. Selon Azzouz Kerdoun, professeur à l’université de Constantine, « l’Algérie devient progressivement un pays de transit par où passent des personnes en provenance de l’Afrique sub-saharienne et d’ailleurs, qui tentent l’aventure de l’immigration vers l’Europe ». Les statistiques avancées par le ministre du Travail consolident les estimations de M. Kerdoun. D’après lui, il y a 7000 immigrants clandestins qui transitent par l’Algérie annuellement. M. Louh a fait savoir également que durant la période allant de 1992 à 2003, les services de la Gendarmerie nationale ont, à eux seuls, enregistré plus de 28 800 cas d’immigrants clandestins. En 2003, il a été comptabilisé pas moins de 4 870 cas de 28 nationalités différentes, issus majoritairement des pays d’Afrique. Sur le plan international, et selon les données du BIT qui remonte à l’an 2000, il y a plus de 175 millions de personnes vivant hors de leurs pays d’origine, dont 86 millions, soit 50%, travaillent dans différents domaines économiques. 34 millions se trouvent, par contre, dans des régions enclavées. Les femmes se taillent la part du lion. Aujourd’hui, et selon la même source, il y a 7,1 millions d’Africains qui sont des migrants économiquement actifs. 20% du nombre global d’immigrants sont des Africains. Selon M. Louh, le phénomène de la migration continue, à défaut de rigueur dans le contrôle et d’absence du cadre juridique, de grimper. Il est attendu qu’à l’horizon 2025, 10% des Africains travailleront et vivront en dehors de leur pays d’origine. Pour mettre fin à cette » hémorragie » qui provoque des problèmes, surtout sur le plan économique, les intervenants ont plaidé pour le renforcement du cadre de la concertation entre les pays du Nord et du Sud. C’est d’ailleurs, l’objectif assigné à ce séminaire, dont les travaux prendront fin demain. Il est attendu de cette rencontre d’établir une stratégie permettant une meilleure » gouvernance de la migration du travail dans la sous-région « . Une démarche qui s’impose, souligne toujours M. Louh qui a insisté sur le fait que notre pays s’oppose toujours à la mise en place de centres de transit. Mais pour ce faire, les intervenants ont prôné le tripartisme, c’est-à-dire l’implication des gouvernements, les organisations syndicales des travailleurs et les organisations patronales. Sur ce sujet bien précis, M. Sidi Saïd, SG de l’UGTA s’est montré sceptique, car il a estimé que » le tripartisme sur le plan international n’est qu’un discours creux. » Pour lui, la complicité démocratique entre les pays est plus que nécessaire. Selon sa conception, les pays de l’Europe doivent accompagner les Africains et les aider à subvenir à leurs besoins quotidiens. » Si vous voulez que nos enfants ne dérangent plus votre bien-être, ils faut que vous les accompagnez sur le plan économique, et ce, sans la conditionnalité du FMI « , a-t-il lancé sans pour autant se montrer très convaincu de ce qui se fait en matière de la migration de main-d’œuvre pour l’intégration et le développement, notamment au Maghreb. Il y a lieu de signaler, enfin, que ce projet qui s’intitule » La migration de main-d’œuvre pour l’intégration et le développement dans l’EUROMED, l’Afrique orientale et occidentale » a été initié par le BIT, dans le cadre du groupe des 5+5 qui s’est réuni à Oran au mois de novembre 2004.
Wassila Ould Hamouda
