L’histoire contemporaine à travers ses méandres qui prennent souvent des chemins improbables est truffée d’anecdotes, de sentiers tortueux, de fait d’armes faussement gonflés et de mensonges plus ou moins gros mais qui offrent l’immense avantage d’être crédibles sur l’instant, d’enfoncer des portes menant vers la réalité travestie un moment ou d’aboutir à une œuvre grandiose, exemplaire.Au départ de la saga “France-Maghreb”, un mensonge confessé bien plus tard par son auteur qui n’est autre que Pierre Henri Pappalardo, son président actuel. ô, pas une de ces grosses menteries propres à certains humains qui en ont fait une règle de vie, mais un petit, mais alors tout petit mensonge destiné à cacher une vérité amère, pas vraiment bonne à révéler. A la question posée par sa propre mère concernant ce qu’il a vu en Algérie, la manière dont il a été reçu, enfin une cascade de questions posées par une vieille personne, portant sa nostalgie en bandoulière qui a quitté l’Algérie, le pays où elle a vu le jour, depuis quatre décennies.Pierre Henri a menti à sa maman sur un seul sujet, l’état des cimetières chrétiens en Algérie. Une Algérie déchirée, en proie à un délire islamiste, à une folie meurtrière au service d’un nihilisme primaire mais combien destructeur. De quel poids peut vraiment peser une sépulture impie alors même que des musulmans bon chic, bon teint sont froidement abattus tous les jours. C’est cette petite cachotterie que M. Pappalardo devra à partir de ce moment gérer, ainsi que l’idée folle de faire quelque chose en Algérie même en réhabilitant ces lieux de repos éternel.Le scepticisme le plus total alimenté par une cassure vieille de plusieurs dizaines d’années et la situation en Algérie grossie, démultipliée par les nostalgies d’une époque à jamais révolue, eux mêmes relayés par la chienlit du paysage politique français, était la seule réponse donnée à ce rêveur, à cet utopiste qui veut, le plus normalement du monde, avec un zeste de naïveté touchante, rétablir des passerelles entre deux communautés qui se sont tant déchirées et parfois aimées. Mais, ne dit-on pas qu’il y a un Dieu pour les rêveurs ?C’est ainsi que partant presque de rien, “France-Maghreb” se lance dans la réhabilitation d’un carré de cimetière. Galvanisé par cette réussite et bénéficiant de plus en plus de sympathies généreuses de Conseils généraux dont celui de Provence, Alpes, Côte d’Azur (Pacar) au titre de la coopération décentralisée, la fondation s’est lancée à corps perdu dans les travaux destinés à rendre à ces lieux de la mémoire un aspect plus engageant, aidé par ceux d’ici dans un partenariat exemplaire. Ainsi donc, tout doucement, sans faire de bruit, la réhabilitation des cimetières faisait son bout de chemin. La deuxième étape s’est imposée d’elle-même puisque nombre de rapatriés d’Algérie avaient émis le vœu irréalisable à l’époque, d’étudier la possibilité d’organiser un petit séjour chez eux, un chez eux que l’écrasante majorité pensant perdu à tout jamais. C’est de cette manière que naquit la deuxième mission, malgré l’opposition en France d’extrémistes de tous poils et des frontistes. Malgré quelques déboires, voiture taguée à plusieurs reprises, M. Pappalardo tint bon car bénéficiant du soutien et de la sympathie des plus hautes autorités françaises. En Algérie, “France-Maghreb” a rencontré autant d’égards et de facilités. Le résultat est tout simplement époustouflant car en 18 mois, plus de 40 000 Français d’Algérie sont revenus en pèlerinage, faisant dire a beaucoup qu’il n’y a que du cœur dans cet objet de rapprochement. M. Pappalardo dont la confiance en cette œuvre tout simplement humaine, naturelle, inéluctable rappelle que “l’histoire est souvent faite de malentendus. Et il appartient aux historiens de les aplanir. J’ai vécu l’histoire du rapprochement franco-allemand et la poignée de main de De Gaulle-Adenauer est toujours présente dans mon esprit. Si ces deux pays, au-delà de leur passé mouvementé, se sont rapprochés pour construire un avenir commun, deux grands pays comme l’Algérie et la France sont capables de transcender toutes les divergences et de faire mieux”.France-Maghreb dont la crédibilité là-bas et ici ne souffre d’aucune ambiguïté compte continuer à travailler et à faire de Béjaïa une plate-forme. La prochaine étape est la prise en charge de tous les cimetières de la région.Concernant son financement, le président en toute transparence, avoue que sa fondation n’a pas besoin de gros budgets. France-Maghreb a ouvert au moment de sa création il y a trois ans, une souscription auprès des rapatriés d’Algérie expliquant à chacun d’entre eux qu’ils étaient tous garants de leurs mémoires. Il a donc été demandé à ceux qui souhaitaient le faire de verser 5 euros par an pendant 5 ans. Le reste a été apporté par notamment 5 mécènes rapatriés eux aussi, membres fondateurs de France-Maghreb. Le don privé est conséquent, 300 000 euros.“Cet élan est appelé à devenir une tradition tant les sponsors se bousculent au portillon”, dira Pierre Henri. France-Maghreb qui d’association va changer de statut pour se muer en ONG, ambitionne de passer à une autre étape épousant un contour multidimensionnel : jumelages, activités culturelles, sportives avec l’organisation prochaine d’une double confrontation franco-algérienne. De ces matchs, M. Pappalardo assure “qu’il n’y aura pas de sifflets, allusion claire au match France-Algérie et ne coûtera que des vétilles”.Ceux de Bougie et ceux de Béjaïa tout à la joie des retrouvailles n’ont à aucun moment évoqué les dérives de quelques politiciens français. Construire des bases solides, permettre aux sociétés civiles de s’enraciner dans leur volonté de continuer à construire un avenir commun voilà le credo de France-Maghreb qui ne peut que se redéployer avec l’officialisation de la branche locale et la nomination à sa tête du très sympathique M. Boucheta Djamel. “Il s’agit pour nous, conclura M. Pappalardo de ne pas chercher à vaincre (qui ?) mais à convaincre”. Avant de lancer une phrase pleine de bon sens paysan, empruntée à son père : “C’est la terre qui fait l’homme”.
Mustapha Ramdani
