La dernière décennie, si ce n’est celle qui a été marquée par un déficit flagrant en matière de précipitations pluviales, a engendré une baisse sensible du régime d’écoulement de l’oued Sebaou, ce qui conduit inéluctablement à un étiage sans précédent, voire alarmant. Le sable, en faible quantité, résultat d’une sédimentation, est régulièrement soumis à une exploitation anarchique. L’extraction de ce matériau défigure lamentablement le lit de l’oued et menace la nappe souterraine, dite phréatique. En plus, ce fleuve reçoit régulièrement des tonnes de détritus de toutes natures et polluantes. Les villages et les industries riveraines déversent d’énormes quantités d’eaux usées résiduaires non traitées, chargées de déchets toxiques, sur les deux rives de l’oued. L’élément le plus exposé au déséquilibre et à la destruction est incontestablement l’eau, le citoyen ou la vie tout court. En dépit de cette situation catastrophique, la population de la wilaya de Tizi Ouzou utilise très largement cette eau, non seulement en matière d’irrigation et d’abreuvement des troupeaux, mais aussi pour la consommation ménagère. Si cette situation persiste, dans une année ou deux, ce liquide vital risque de devenir impropre. Et les responsables concernés sont interpellés, encore une fois, par les citoyens pour trouver une solution de rechange définitive des sablières et autres qui longent l’oued Sebaou d’autant plus que la nappe phréatique de ce fleuve demeure la principale ressources en eau de toute la région. La capacité est estimée, selon les spécialistes en hydrologie, à 200 milliards de mètres cubes, ce qui représente la consommation annuelle de la région (toutes consommations confondues). « Toute atteinte aussi minime soit-elle à cette nappe, constitue une menace pour le devenir de l’alimentation en eau potable de toutes les contrées issues de la wilaya », insisteront ces spécialistes. Malheureusement, cette menace existe toujours et risque bel et bien de faire disparaître la nappe existante. Combien de fois, d’éminents experts en la matière ont tiré la sonnette d’alarme, notamment durant les périodes caniculaires quant à la destruction de la nappe souterraine et sa pollution, mais rien n’a été fait. Des sablières décapent et creusent encore aujourd’hui, des fois jusqu’à dix mètres de profondeur (allusions au sable de construction), chose qui entraînera bientôt un problème de pollution. Toujours selon des ingénieurs en hydraulique rencontrés à des fins de notre enquête, « l’extraction de dix (10) mètres cubes de sable (plus grave encore le tout-venant), diront, provoque la perte d’un (1) mètre cube d’eau d’une manière définitive ». Il est utile de savoir, à ce titre, qu’il a fallu plus de quatre (4) millions d’années pour que Dame nature crée cette unique nappe, connue de toute la région et du pays en général. Cette richesse que beaucoup de régions d’Algérie envient risque d’être dilapidé en quelques années par un prédateur qu’est devenu l’homme qui ne voit désormais que le côté matériel. « Ce sera une grande catastrophe écologique dans la région si les responsables continuent à rester indifférents vis-à-vis de ce grave problème et, surtout, pratiquer une politique de deux poids et deux mesures », nous diront quelques agriculteurs propriétaires de terrains aux abords de l’oued Sébaou, lors de notre visite sur les lieux, dimanche dernier. De tous les avis recueillis de la part de ces fellahs et quelques jeunes « aventuriers » qui continuent à tamiser le sable avec des moyens rudimentaires du côté de Tamda, « l’Etat ne doit pas fermer l’œil sur la mafia du sable qui opère en toute quiétude », avant que Smaïl, la quarantaine entamée, n’enchaîne : « Nous sommes très loin d’occasionner des dégâts à ce fleuve par rapport aux grosses machines, les sablières etc… Moi, je ne suis qu’un chômeur et je ne cherche qu’à faire vivre ma famille en toute honnêteté. Dites, s’il vous plaît, à Monsieur le wali de me donner un job, et je décampe immédiatement », a-t-il soutenu en nous invitant à voir du côté de Chaouffa, sur la route d’Azazga. Aussitôt dit, aussitôt fait. Lors de notre arrivée sur les lieux, nous avons été ahuris par l’ampleur des dégâts occasionnés dans divers endroits, particulièrement à proximité des station de pompage. Tout ce que nous pouvons dire au sujet de ce cataclysme écologique, c’est qu’au moment-même où plusieurs personnes sont déférées devant les tribunaux pour « vol et pillage de sable… nous avons remarqué des camions de gros tonnage qui sortaient du fleuve chargés de toutes sortes d’agrégats. Poursuivant notre enquête, nous avons appris que des entreprises « aux reins solides » et réputées dans le pays extraient quotidiennement de l’oued Sébaou pas moins de 6 000 m3/j pour les besoins de leurs chantiers exclusivement, sans compter, à en croire les mêmes sources, 3 000 m3/j de tout-venant qui sont acheminés vers l’Algérois, notamment vers la Mitidja, destinés aux industriels de cette région. Plus grave encore, nos informations parlent de conventions d’extractions de sable dans ce fleuve qui se font entre entrepreneurs, ce que nous avons vérifié effectivement lors de la présentation d’un entrepreneur devant la justice, la semaine dernière. Il est vrai qu’en parcourant Alger et ses environs, on remarque que des montagnes de sables, de gravats… sont érigés un peu partout et où des revendeurs écoulent ce matériau « made in Sebaou » par sacs, voire par pelles. D’aucuns nous diront que tout cet état de faits, le laisser-aller, voire le clin d’œil des autorités concernées de la wilaya que « le problème de l’eau, de sable est d’ordre politique et non géologique ou naturel ». Allons messieurs, à quand une réelle prise en charge sérieuse et équitable de cette principale ressource menacée aussi par les eaux usées, surtout qu’aucun travail d’envergure n’est mené pour l’instant, pour la récupération des eaux pluviales. En tout cas, ce n’est pas l’unique barrage de Taksebt dont une grande partie de son eau est destinée à d’autres wilayas comme Alger, Boumerdès… qui constituera la solution lorsque l’on sait en plus qu’il n’a qu’une capacité de deux (200) cents millions de mètres cubes, alors que pas moins de huit cents (800) millions de m3 se déversent dans la mer. A la lumière de toutes ces âcres vérités (et qui doivent être dites), la protection de l’oued Sébaou par l’Etat (dans le cadre de « la loi au-dessus de tous ») doit être de règle, car sa dégradation a atteint des proportions paroxystiques. Dans le cas contraire, alors ce sera de la non-assistance aux populations en danger. La sonnette d’alarme est tirée.
S. K. S.
