G. S., né en 1974, chômeur un jour, vendeur de véhicules le lendemain était connu du tout Akbou. Affectionnant particulièrement de se montrer et affichant des signes ostentatoires de richesse, villa somptueuse et véhicules haut de gamme, G. S profitait à temps plein des jouissances terrestres sans que personne ne sache exactement d’où lui venait cette manne intarissable. G. S., et sans que personne n’ait pu avoir le moindre soupçon sur ses relations avec la pègre nationale était en fait un baron de la drogue. Il vient de tomber à la suite de concours de circonstances autant fortuits qu’inespérés… Une quantité importante de 48,05 kg de kif traité, deux convoyeurs, un réseau cloisonné qui ne communique que par mobile, des protagonistes qui ne se rencontrent peu ou pas du tout, un golden boy local au-dessus de tout soupçon et des gendarmes vigilants bénéficiant de surcroît des largesses de Dame chance, voilà assurément réunis tous les ingrédients d’un bon polar ! Sauf que pour cette fois, il ne s’agit pas d’un roman noir, mais de la réalité toute crue. l’histoire commence le 13 juin écoulé, vers 10h 45 à Taskriout, au niveau du barrage fixe de la Gendarmerie nationale. Un gendarme de faction au milieu de la chaussée sur la RN9, l’œil exercé aux aguets surveillait et filtrait la circulation. Son attention à un moment donné fut attirée pour un véhicule transportant deux passagers et qui venait de rouler sur la bande blanche centrale de la chaussée. Le gendarme lui fit signe donc de s’arrêter par les vérifications d’usage, assorties d’un speach sur l’infraction commise, le chauffeur tout en soulevant le capot pour la vérification du n° du châssis se mit tout à coup à geindre, simulant un malaise, histoire sans doute de dissuader le gendarme de continuer ses investigations et de les laisser partir. Un coup pour rien puisque le gendarme était plus tenace que jamais, d’autant qu’il a décelé un petit paquet suspect sous l’une des pièces du moteur. C’est alors que les deux compères N. S né en 1975 à Barika et B. M. né en 1967 à M’sila, abandonnant véhicule, contenant et contenu se lancèrent à travers la nature fortement boisée dans une fuite éperdue et perdue d’avance car les gendarmes, plus aguerris réagirent au quart de tour à les rattraper. Fait insolite, juste avant de s’affoler, trop essoufflé pour aller plus loin, un des fuyards tenta d’avaler la puce de son portable. Le gendarme à ses trousses eut juste le temps de l’empêcher d’aller au bout de son geste et de lui confisquer le minuscule objet dont l’importance sera capitale par la suite. Les deux acolytes s’avérèrent bien vite être des passeurs de drogue quoiqu’ils aient essayé de faire croire aux gendarmes qu’ils en étaient les propriétaires. Leur rôle, en fait, se limitait à faire la navette entre les villes frontalières de l’Ouest et le reste du pays. Sans être des « barons » du crime organisé, c’était tout de même une bonne prise car si les deux convoyeurs ne connaissaient pas grand monde au sein de la filière, se contentant de transporter la marchandise, guidés par portables jusqu’au lieu de destination où le destinataire se charge lui-même de les contacter pour prendre livraison de ce qui lui est destiné et… les payer. Des maillons donc, mais indispensables au bon fonctionnement du réseau. La puce une fois exploitée a révélé ses secrets, des numéros de téléphone bien vite identifiés. L’un d’eux, notamment était celui de G. S., déjà sous surveillance discrète. Persuadés par les gendarmes de collaborer et donc de poursuivre les contacts, un échange de charges moins lourdes, mettant l’accent sur le fait qu’un simple convoyeur n’a aucun intérêt à prendre tout sur lui, protégeant par là même les barons, un deal fut donc passé. L’impératif pour les gendarmes était double : faire vite de peur d’une fuite et arriver à alpaguer le destinataire déjà sous surveillance. Les deux passeurs le persuadèrent de se déplacer lui-même à Béjaïa où un piège lui fut tendu et dans lequel il tomba, la tête la première. Sur lui, quelques grammes de kif et la rondelette somme de 140 000 dinars, le prix du convoyage sans doute. Un baron, un gros bonnet vient de tomber. Preuve de la mise sur pied d’un vaste réseau, maillant l’ensemble du territoire national, où rien n’est laissé au hasard, la visite à G. S. de son avocat permanent, rétribué à l’année. Les trois mis en cause ont été placés sous mandat de dépôt. Pour le lieutenant-colonel M’hamed Derramchia, commandant du groupement, « C’est une prise moyenne, mais c’est aussi 50 000 doses de drogue mises hors circuit ». Avant d’ajouter : « Au-delà de la quantité, on a réussi à neutraliser une partie du réseau qui active à travers la wilaya ».
Mustapha Ramdani
