Ain Benian, espace bicéphale

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C’est en 1845 que l’histoire de Ain Benian a commencé. Elle “naquit” avec (20) vingt familles agricoles à cette date même, et ce n’est qu’au bout de 27 ans (1874), avec 595 habitants, dont 337 étrangers (Espagnols, Italiens…) et cinq Algériens, que la ville s’est faite commune. Sa population atteint aujourd’hui près de 60 630 habitants sur une superficie de 1326,5 hectares. De son vieux nom “Guyotville”, elle longe, à 15 km à l’ouest de la capitale Alger, la côte algérienne, bornée à l’Ouest par Chéraga Staoueli… du coté Est par les hauteurs de Bouzaréah et au sud par Beni Messous. Du temps de Guyotville, Ain Benian jouissait d’une vie sociale et culturelle riche en activités. “Lyre” fut la plus ancienne organisation musicale dirigée par son chef compositeur Mairelet, qui dès sa création en 1888 assura les concerts mensuels. Vers la fin des années 60, le folklore prit l’avant de la scène avec deux troupes de tambours (idhebbalen). Puis vint la période post-Independance, où d’illustres figures de la chanson algérienne tel que Cherif Khedam et Akli Yahyaten, s’y rendaient chaque année pour célébrer la fête du village (et ce jusqu’en 65), surtout que la majorité écrasante de la population locale est berberophone. Il y avait aussi Dahmane El Harrachi, ce parangon de la chanson “chaâbi” et le maître Boudjemaâ El Ankis… Mais que reste-t-il aujourd’hui de Guyoville alors que pour s’y rendre les receveurs de bus vocifèrent : Ain Benian !

Un été hivernal

Nous nous sommes rapprochés des citoyens de la ville, pour mieux connaître leur mode de vie actuel et surtout celui qu’ils mènent durant la saison estivale. “Da Achour”, vieux retraité de 65 ans s’est montré bien nostalgique en racontant ses anecdotes de jeunesse : “Aujourd’hui, dit-il, il nous reste ces ruelles, où chaque soir nous jouions aux dominos en bonne et vieille compagnie…”Les jeux des dominos, ce n’est pas seulement l’occupation des vieux mais aussi celle des jeunes. Pour y jouer, ces derniers préfèrent les cafés à la rue. “Au café, quand ce n’est pas un match de Coupe du monde qu’on regarde, c’est les dominos” déclare Réda, un jeune chômeur de la ville. Ses semblables en matière d’âge se permettent aussi des baignades dans ces petites plages de quartiers, dites “familiales”, et malheureusement polluées par ces nombreuses canalisations d’évacuation d’eaux usées qui y débouchent. Mais que fait la gente féminine ? Quoiqu’on y trouve aussi sur ces plages, Amina, étudiante en litterature, nous confie sa peine de fréquenter ces plages, et “cela depuis longtemps” dit-elle. Elle préfère s’éloigner de sa ville natale et se baigner plutôt à Club des Pins, “ici, déclare-t-elle entre l’hiver et l’été, seule la temperature nous permet de faire une distinction, les activités humaines sont les mêmes”.Cette fainéantise éstivale, doit-elle sa cause aux rencontres de la Coupe du monde, ou à un été qui s’annonce tantôt pluvieux. Nous laissons le soin au temps de répondre à ces questions. En tout cas, la fermeture des maisons de jeunes, et l’abscence des manifestations culturelles sous toutes les formes sont à plaindre, à la vue de ces enfants qui trainent les journées entières, torse nus, du sable collé aux jambes, jouant avec des bouchons de bouteilles de limonade.

Las Vegas non apprécié

Non loin de là, El Djamila (ex-la Madrague) semble braver la monotonie de la ville, avec sa plage où pullulent les parasols comme des champignons multicolores. C’est le week-end surtout que cette zone devient mouvementée, mais aussi le soir… Car la Madrague se veut nocturne par ses bars et ses cabarets au bord de la mer. Brahim, jeune fonctionaire, n’est pas partisan de cette ambiance, bercé par l’alcool, et les bras des prostituées qui emérgent la nuit comme des lucioles. “C’est l’endroit des “beaucoup tichets”” dit Brahim, pour ajouter “c’est l’arène des dépassements et des agressions”, quoique le nombre de ces agressions a visiblement diminué, du moins le jour, avec la présence des agents de police pour la sécurité des familles qui se rendent en grand nombre sur la plage et dans les restaurants. Sur le quai du port d’El Djamila, on trouve aussi des pécheurs ajustant leurs filets et même des amateurs à la canne. L’un de ces derniers nous déclare être bien heureux de pouvoir exercer sa passion qui lui permet de s’isoler et “éviter les problèmes…” Car ici l’autarcie est une bonne stratégie pour avoir la paix.

Mohamed Mahiout

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