A chaque rentrée des classes, des millions d’écoliers rejoignent le chemin de leur établissement respectif. Parmi les “nouveautés” annoncées cette année encore par le ministère de l’Education nationale, l’introduction de la langue de Molière dès le début de la 3e année primaire au lieu et place de la 2e année, comme précédemment. Ainsi, et même s’il y a des acquis notables qui sont enregistrés, le véritable débat en tout cas sur l’école est reporté d’année en année, sans que l’on puisse réellement faire un diagnostic fiable de l’état du système éducatif. A ce propos, de plus en plus de parents d’élèves sont tentés d’inscrire leur progéniture dans les écoles privées car ils sont convaincus définitivement que “l’autre école” pour paraphraser un professeur, ne répond plus aux besoins de leurs exigences d’un troisième millénaire dominé par le développement de la science, de la technologie et des langues. Feu Mohamed Boudiaf disait que l’école algérienne est “sinistrée”. Depuis, quelles sont les mesures concrètes entreprises pour la sauver du naufrage ? Ceux qui ont aujourd’hui cinquante ans se souviennent sûrement qu’en ces temps-là, l’enseignement, tous paliers confondus, était une véritable porte ouverte sur la vie et le monde, et dès les premières années, l’élève était initié à un apprentissage pratique qui lui ouvrait les yeux sur son environnement. Avec l’alphabet et les chiffres, l’enfant découvrait au fur et à mesure, par la grâce des maîtres austères portant cache-poussières, ces choses qui découvraient la vie, le cycle des plantes et la métamorphose des chenilles des quatre saisons, etc. Dès les premières années, l’élève apprenait à planter un rosier dans un pot de terre, imbibé d’eau et la magie de la vie se réalisait alors par la pousse de longues feuilles vertes et des roses multicolores. Ecoliers que nous étions, tenions dans nos mains des forêts entières de rosiers. Nous découvrions des lacs et leurs faunes au fur et à mesure que l’on grandissait. On récitait également par cœur les fables et les poèmes des grands écrivains et poètes. Tous les matins, il fallait montrer nos oreilles, nos mains et nos ongles coupés bien propres, sinon le châtiment serait exemplaire. Le coup de règle sur les doigts ou le mauvais point. Puis, vinrent les années dites de recouvrement de l’identité nationale avec des idéologies étrangères à notre pays. Pour s’emparer de l’école, surtout le rejet de l’autre. L’apprentissage d’une autre langue que l’arabe présentait une grave atteinte à la personnalité et l’on se fit un “devoir” de n’apprendre à l’élève que ce qui était “idéologiquement” correct.Dans les écrits du livre, l’instruction civique se faisait un devoir d’enseigner les terribles châtiments qui attendaient le mécréant dans l’au-delà. Nos écoles se sont empressées à former des générations d’assistés que des êtres responsables. Ainsi, ce fut la voie ouverte et tracée à l’intégrisme de tout bord qui a su saisir l’opportunité pour investir les lieux du savoir. La suite, tout le monde la connaît. L’apprentissage de la mort se substitue à celui de la vie, et dès les années 1980, on assiste à la métamorphose des kamikazes prêts à mourir plutôt qu’à vivre, formés dans le moule du sacrifice suprême. Des universitaires incapables de rédiger une demande d’emploi en arabe ou en langue étrangère, l’enseignement fut complètement dévoyé à l’émergence d’une mentalité de mercantilisme et d’affairistes, prit le dessus sur les valeurs des études que confirmait une dévalorisation totale du diplôme et une paupérisation du corps enseignant devenu la risée des nouveaux patrons analphabètes, dont la seule culture se limitait à savoir compter les milliards de l’import-export. Un constat tragique, où un trabendiste est plus que respecté qu’un médecin… Aujourd’hui, timidement, on met les bâtons dans les roues, pour l’introduction dans le cycle primaire de la langue française… Après avoir arabisé les sciences sociales et même les mathématiques, on se rend compte aujourd’hui de la grosse bourde. Tout le monde sait que les manuels pédagogiques en arabe font cruellement défaut et les universitaires, les bacheliers, éprouvent d’énormes difficultés à suivre les programmes. Les étudiants en médecine perdent énormément de temps à traduire des cours afin de mieux les assimiler. Les répercussions sont inévitablement dramatiques puisque cela se répercute directement sur la qualité de la formation. Il n’est pas surprenant de voir un pharmacien qui peine à lire une ordonnance ou un médecin incapable de déchiffrer une nomenclature médicamenteuse. Dans les années 70, un fameux slogan faisait office dans tous les établissements scolaires et autres programme : “Pour un enseignement ouvert aux réalités nationales”. Il est clair, aujourd’hui, que notre enseignement doit être ouvert aux réalités internationales, car ce serait vraiment désuet de continuer à prêcher ce genre de concept à l’heure de la mondialisation du satellite et de l’Internet.
S. K. S.
