Le vocabulaire des animaux (II)

l Le lion Cet animal, autrefois très répandu, a presque entièrement disparu du Maghreb et du Sahara. Il était encore présent au début du XXe siècle, et les saltimbanques en promenaient dans les villages et les villes, notamment en Oranie. En Kabylie, des traces de lion ont été relevées jusque dans les années 40. On en trouverait encore dans le Haut-Atlas marocain, mais sa survie semble très hypothétique. Le nom du lion est cependant encore vivant dans les contes, la poésie et les proverbes, ce qui lui a permis de subsister dans divers dialectes. -ahar  » lion  » fém. tahart (Touareg) -war  » lion  » fém. twart (Nefousa) -ar  » lion  » (Sned, Tunisie) -abur  » lion  » (Ghdames) -ar  » lion  » (arch. ) (Ouargla) -abuharu  » lion  » (composé de har + bu  » maître, celui de  » (Rif. )En kabyle le nom du lion est izem (terme que l’on relève aussi au Maroc central et en chleuh), cependant, le nom commun est relevé dans la toponymie sous la forme -war, (par exemple Azru bbwar, ‘’le rocher du lion », dans la région de Mizrana).

l Autres fauvesLes autres fauves, tels que la panthère ou le lynx (souvent confondus) n’ont pas de noms communs. Quelques dialectes algériens et marocains emploient aghiles pour ces animaux, le touareg a amayas pour le guépard et damsa pour la panthère, etc.

l Le singe Cet animal semble avoir revêtu un caractère sacré dans le Maghreb antique : les auteurs grecs et latins parlent de villages où les singes jouissaient d’une protection, allant et venant comme bon leur semblait. Au plan linguistique, le singe porte divers noms selon les dialectes, peut-être à cause de tabous qui interdisaient l’emploi de son nom et son remplacement par des noms plus neutres. Un nom est commun à quelques dialectes cependant : -abiddaw  » singe  » fém. tabiddawt (To) -biddu  » singe  » (Ghd) -iddew  » singe  » fém. tiddut (MC) -iddew  » singe  » fém. tiddewt ; biddu, ms. (plaisant) (K)

Le mot est attesté en néfousi, beddiw, en mozabite et en wargli, abeddiw, avec le sens de « fou, aliéné ». Ces dialectes possèdent des verbes, beddu, sbiddu, signifiant « être, devenir fou ». Il s’agissait sans doute d’un sens secondaire, devenu principal. C’est par transfert métaphorique que le nom du singe, animal connu par ses extravagances, en est venu à désigner le fou. En Kabylie, le nom le plus répandu du singe est ibekki, fém. tibekkit’, forme qui semble propre à ce dialecte mais que l’on peut rapprocher à un verbe attesté en touareg : beket  » se tapir, se blottir de manière à ne pas être vu « sebbeket » faire se tapir « abki, pl. ibkiten  » fait de se blottir « , asebbeki, pl. isebbeka « gîte d’un animal sauvage » et, par extension, tisebbeka « embuscade ».

l Le chacal Cet animal est sans doute le plus répandu au Maghreb, c’est aussi le plus célèbre du folklore dans lequel il représente la ruse et la débrouillardise, à l’instar du renard dans la littérature populaire européenne. Son nom est commun à plusieurs dialectes, à l’exception du touareg qui emploie un terme propre. -weccin  » chacal  » (Ghdamès) -uccen  » chacal  » (Nefousa, Sned) -uccen  » chacal  » fém. tuccent (Mzab) -uccen  » chacal  » tuccent  » femelle du chacal, p. ext. effondrement du sol, fissure dans les parois  » (Ouargla) -uccen  » chacal  » fém. tuccent (Maroc central, Chleuh, Rifain, Chaoui) -uccen  » chacal  » tuccent  » femelle du chacal, p. ext. fissure, lézarde dans les parois des murs  » (Kabyle) ;Le nom a fourni de nombreux toponymes et il est utilisé comme nom propre de famille, dans tous les pays du Maghreb, même dans les régions arabophones.

l Le renardL’ »homologue » du chacal, le renard, ne jouit pas, lui, d’une telle notoriété : il apparaît rarement dans les récits, et son nom, on le comprend, n’est pas très répandu. Le kabyle, le chleuh et le Maroc central emploient, cependant, une dénomination commune, abaragh, sans doute dérivé de awragh ‘’jaune », par référence à la couleur fauve de sa pelisse.

l L’hyène Comme partout dans le monde, cet animal charognard a mauvaise réputation, considéré notamment comme porte-malheur. Son nom, qui semble d’une grande antiquité, est aussi répandu que celui du chacal : -fis  » hyène  » fém. tifist (Nefousa) -ifis  » hyène  » fém. tifist (Sned, Mzab, Maroc central, Chleuh, Rifain, Kabyle, Chaoui)

Le touareg emploie aridal, fém. taridalt qui pourrait être non pas le nom de l’animal mais son sobriquet. Le mot signifie, en effet, dans quelques dialectes (Maroc central, Rifain)  » boiteux « , avec un verbe sridel  » boiter  » (Rifain).

l Le mulot, la belette Les dénominations divergent d’un dialecte à un autre. Une seule est commune à deux dialectes relevant d’aires différentes : -tadghagha  » mulot, rat de palmier  » (Ouargla) – tadghaghat  » belette, fouine  » (Kabyle)

Le nom peut-être rapporté à un verbe attesté en touareg, deghideghi « trottiner » relevé également dans les parlers du Maroc central sous la forme deghidgey « chercher, fouiller avec anxiété, p. ext. être agile » et l’arabe dialectal l’a emprunté sous la forme deghdegh ‘’chatouiller »

l Le hérissonComme le chacal, le hérisson est un animal familier du folklore et de la littérature populaire maghrébine, qu’elle soit d’expression berbère ou arabe. Comme le chacal, avec qui il est souvent confronté, il représente la ruse, la finesse et l’intelligence mise au service du mal. Le nom est commun à plusieurs dialectes, avec souvent la chute de la première radicale : -ekenesi  » hérisson « , fém. tikenesit (Touareg) -akkunsi  » hérisson  » (Ghadames) -insi  » hérisson  » fém. tinsit (Ouargla, Maroc central) -insey, inisi  » hérisson  » fém. tinseyt (Rifain) -inisi  » hérisson  » fém. tinisit (Kabyle) -insi  » hérisson  » fém. tinsit (Chaoui)

Le nom est peut-être en rapport avec le verbe knes  » se quereller, se disputer  » attesté en touareg et en ghadamsi.

7. 2. 1. 6. rat, souris Le nom est commun à la plupart des dialectes considérés, à l’exception du touareg. -gardi, agerdi  » souris  » (Nefousa) -agerdi  » rat  » (Siwa) -agherda  » rat, souris « , fém. tagherdayt (Ouargla, Mzab, Maroc central, Chleuh, Rifain, Kabyle, Chaoui)

M. A HADDADOU(A suivre)