La grande qualité d’un professeur vis-à-vis de ses élèves ou d’un leader vis-à-vis de ses militants est de les amener à se poser des questions, de même qu’un écrivain, tuant ainsi dans l’œuf les équivoques des mots. C’est de cette façon que Praline Gay-Para, la conteuse venue de France, a donné son récital ce samedi en ouverture du Festival « Raconte-Arts », activités qui concernent la daïra des Ouadhias au niveau de la Maison de jeunes de la commune. Le spectacle de conte intitulée Histoire de mon île, a drainé une foule nombreuse qui s’est montrée très séduite par l’idée, la conteuse s’est dite à l’occasion très honorée de pouvoir présenter son travail devant un auditoire intéressé. Abordant son histoire avec un style propre à elle, et maîtrisant parfaitement les espaces de la scène majestueusement mise en place, une originalité qui renvoyait l’assistance aux belles nuits d’antan, Gay-Para à su manier le verbe et le geste pour offrir à ceux qui sont venus l’écouter, un féérique moment d’évasion, en parlant de son « île », elle dit qu’elle n’a point de frontières car pour elle, « la mer n’est pas une frontière », c’est pour cette cause qu’elle dit que son île est justement « la capitale du monde ». Pour ce moment de bonheur volé, Gay-Para nous ramène aux vestiges de son île, aux soubresauts d’une vie parisienne pleine de paradoxes. Elles sont parfois insolites les histoires de la conteuse française qui ne s’est pas, bien évidemment, empêché d’envoyer des messages forts intéressants ; elle a, à cet effet, touché de ses doigts toutes les pénibles et parfois paradoxales situation de l’immigration « clandestine » des Algériens en France. Eh oui ! L’odeur du renouveau culturel se sentait de loin, cet après-midi à Ouadhias, il fallait attendre la venue de ce Festival pour rappeler aux gens du « bled » que la culture peut encore servir les citoyens, qui pourront, en assistant à de tels évènements, oublier momentanément leurs tracas quotidiens, oublier les blocages de l’APC, le problème d’eau, d’électricité, pour s’offrir un voyage merveilleux. Le citoyen pourrait, à l’occasion, laisser libre voie à son imagination, prendre le vol à destination d’une planète sans frontières, le temps d’un soupir, le temps que l’histoire, la belle, de l’île de madame Gay-Para, s’achève… Ce qui ne risque pas d’arriver de sitôt.
