Le robinet nargue la ménagère

Depuis déjà un peu plus d’une semaine, nous assistons ça et là à travers les quartiers de Bouira à un véritable bal de toutes sortes de réceptacles pouvant contenir l’eau et quelques fois un liquide douteux. La gare routière de Bouira, le boulevard Zighout Youcef et autres quartiers populeux et populaires de la ville ont pour ainsi dire le robinet carrément rouillé. Sans risque d’exagérer, beaucoup de ménagères ne peuvent même pas se permettre le « dja I’ma, noudh t’âemer (l’eau coule, réveille-toi !) ». Ceci s’explique par le fait que quand cette eau tant désirée décide de couler, elle n’avertit personne. En fait, l’écoulement du liquide n’obéit à aucune périodicité, comme c’est le cas notamment au niveau de la gare routière où la ménagère et le robinet jouent au chat et à la souris. Et c’est souvent le stupide métal qui prend le dessus, narguant ainsi la maîtresse de maison. Dès lors, et de guerre lasse, la famille s’arme de jerricans, d’ustensiles et autre bouteille et sort chercher l’eau. Des fois, elle ne va pas très loin : elle remplit ses jerricans au rez-de-chaussée. Mais le plus souvent, c’est le véhicule du père ou du voisin (solidarité oblige) qui est mis à contribution pour aller plus loin chercher l’eau. Cette canicule allant crescendo n’arrange pas les choses, puisque plus le mercure se dilate, plus le besoin de s’hydrater et de nettoyer augmente. ll est utile de souligner que cette eau « ramassée » sert tout juste à l’alimentation et à la toilette matinale ramenée au strict minimum. Quant à la propreté de l’environnement, qui n’était déjà pas des plus reluisantes lorsque l’eau coulait à flot… La réalité sale de la ville dépasse l’imagination la plus perverse. N’y a-t-il donc pas d’eau ? Bouira est-elle la savane africaine de l’intérieur du pays ? En fait, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Bouira est « cernée » par trois barrages pleins à raz et est au pied de « l’Himalaya » du pays, c’est-à-dire à des années lumières de la brousse. Le problème se pose donc en matière de canalisation, réseau, distribution… En somme, en matière de gestion de l’eau.

T. O. A.